L'EXPOSITION A NOTAMMENT ÉTÉ VUE PAR PRÈS DE 250 ÉCOLIERS QUI ONT PU EMPORTER AVEC EUX UNE "MAILLE" DE DOUAI (MONNAIE AYANT COURS AU MOYEN-ÂGE À DOUAI SOUS LE COMTE DE FLANDRE EN PARTICIPANT À UN ATELIER MONÉTAIRE ENCADRÉ PAR MAÎTRE JEHAN
FAIRE REVIVRE LE PASSÉ DE GUESNAIN AU TRAVERS DE RECHERCHES DOCUMENTAIRES, D'ENQUÊTES, D'ENREGISTREMENTS DE TÉMOIGNAGES ORAUX, D'EXPOSITIONS À THÈMES, D'ARTICLES DANS LA PRESSE ET DE LIVRES
Guesnain
dimanche 6 décembre 2015
5 DÉCEMBRE 1484, SALE TEMPS POUR LES SORCIÈRES. GUESNAIN A PAR LE PASSÉ CONNNU DES PROCÈS EN SORCELLERIE, ET D'AILLEURS LA LÉGENDE DU GAI NAIN MET EN SCÈNE CHAQUE ANNÉE UNE SORCIÈRE MALFAISANTE QUE L'ON MET AU BÜCHER LORS DES FESTIVITÉS DU NAIN GAILLOU
5 décembre 1484
Le pape enquête sur les sorcières
Par la bulle (*) du 5 décembre 1484, le pape Innocent VIII ordonne une enquête sur les sorciers, les sorcières et la sorcellerie, en vue de définir les signes auxquels on peut reconnaître le pacte d'un individu avec le démon !
Comme l'atteste cet acte, c'est curieusement à la fin du Moyen Âge, tandis que la foi médiévale recule au profit de la philosophie gréco-romaine, que les prétendues sorcières sont désignées à la vindicte publique !
Sale temps pour les sorcières
Au Moyen Âge, en effet, on ne brûlait pas les sorcières mais on se contentait de les exposer en place publique car on les considérait comme de pauvres folles, plus dignes de pitié qu'autre chose.
Tout change à partir du moment où disparaît l'Inquisition, en France et dans les pays germaniques...
Les tribunaux civils héritent des procès en sorcellerie et les juges de la Renaissance, à la différence des inquisiteurs du Moyen Âge, croient volontiers au pouvoir maléfique des sorcières. Ils les font en conséquence brûler à l'égal des hérétiques.
Les chasses aux sorcières sont un phénomène caractéristique de la Renaissance (fin du XVe siècle, XVIe et XVIIe siècles). Elles débutent vers 1430 et la plupart ont lieu entre 1560 et 1630. Elles se soldent par l'envoi au bûcher d'environ 30 000 à 60 000 malheureuses, pour environ le double de procès.
Dans le seul pays de Vaud, on compte un total de 1 700 bûchers (jusqu'à 25 en une seule année !).
La dernière sorcière, Anna Göldi, a été décapitée en 1782 dans le canton suisse de Gladis. Elle a été réhabilitée le 28 août 2008.
vendredi 20 novembre 2015
GUESNAIN NE S'EST PAS BÂTI EN UN JOUR
Ils y ont mis tous leur cœur depuis un an (de gauche à droite : Édith, Joëlle, Stéphan, Irène, Fabienne, Henri, Jean-Pierre avec à ses côtés Jean-Marc Lefebvre de l’association Arkhéos, et sur l’escabeau Jean-Marie
C’est l’effervescence au groupe d’histoire locale qui prépare sa treizième exposition consacrée cette année à l’urbanisation de Guesnain des origines à nos jours. Après une année de recherches, de collecte de documents, le moment est venu de présenter en une quarantaine de panneaux le résultat de leurs travaux.
L’inauguration aura lieu vendredi soir à la médiathèque et on s’affaire pour disposer au mieux les panneaux et agencer en vitrine les objets fournis par la direction de l’archéologie préventive de la CAD, à savoir des pièces de monnaie gauloises identiques à celles découvertes dans le dépôt monétaire mis à jour lors des fouilles archéologiques de « Coeur d’îlot » , des éclats de poterie, des pierres taillées…
Rien d’austère dans ce qui va être présenté car le lien est fait entre les différentes strates du passé et ce qui existe de nos jours au niveau de l’habitat. Même les écoliers pourront y trouver leur compte car des ateliers de création monétaire animés par Monsieur Jean-Marc Lefebvre de l’association Arkhéos leur seront proposés en complément de la visite avec leur maître.
L’exposition sera visible tous les après midis du mardi au samedi de 14 heures à 17 heures du 21 novembre au 5 Décembre 2015. Entrée gratuite.
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L’accrochage est un moment magique … et périlleux
Guesnain en cinq actes
L’origine connue de l’urbanisation à Guesnain a été révélée par différentes fouilles archéologiques : « rue de l’égalité » en 1958, place Salengro » à l’emplacement de la médiathèque en 2000, puis au lieudit « Coeur d’îlot » en 2009.
Elle remonte au 6è siècle avant JC, à l’ère gauloise sous l’âge du fer. Puis du 1er au 5è siècle après JC, c’est l’époque de la colonisation romaine attestée par la découverte d’une villa gallo-romaine avec sa zone d’activités et un « trésor monétaire ».
-Vient ensuite la période mérovingienne aux 6è et 7è siècles après JC avec des indices de cabanes et un déplacement de l’occupation des sols vers l’actuelle rue de l’égalité. « Ghesnain » est alors rattaché à Douai par le comte Robert de Flandre.
-Du 9è siècle à 1789, la « villa de Ghesnain » tombe sous l’autorité monastique des chanoinesses de Maubeuge. On y construit une des premières églises de villages médiévaux à l’emplacement actuel et le village primitif s’établit tout autour.
-À partir de 1789, l’agriculture cède peu à peu la place à l’industrie et à la mine. L’urbanisation va croissant dès 1750.
En 1864, le premier puits de mine est foré et en 1963, c’est la fin de l’exploitation charbonnière à Guesnain.
Ne subsiste de cette époque, à l’emplacement du carreau de fosse, que la zone industrielle Saint-René.
dimanche 15 novembre 2015
BIENTÔT NOTRE EXPOSITION SUR L'URBANISATION À GUESNAIN DES ORIGINES À NOS JOURS.(visible à la médiathèque André Stil tous les après midis de 14 h à 17 h du 21 Novembre au 5 Décembre 2015) - C'EST L'OCCASION DE RAPPELER LA PART PRISE DANS CETTE ÉVOLUTION PAR L'OCCUPATION ROMAINE ET D'ÉVOQUER LA MÉMOIRE DU DERNIER EMPEREUR ROMAIN, JUSTINIEN, MORT IL Y A JUSTEMENT 1450 ANS, LE 15 NOVEMBRE 565
Mort il y a 1450 ans, Justinien 1er fut le dernier des grands empereurs romains et un conquérant heureux.Il nous a surtout laissé une compilation du droit romain qui va inspirer les légistes européens à partir de la Renaissance...
Justinien compile le droit romain
Le 15 décembre 533, à Constantinople, l'empereur Justinien donne force de loi auxPandectes (d'un mot grec qui signifie « qui contient tout »). Ce volumineux recueil de lois est plus connu sous son nom latin Digeste.
C'est l'oeuvre majeure de Justinien et l'héritage le plus durable de Rome. Il inspire encore très largement notre droit.
Jean-François Zilbermann
Un despote légiste
Très cultivé, passionné de théologie et de droit, soucieux aussi de consolider son autorité, l'empereur d'Orient a voulu après son avènement mettre de l'ordre et de la clarté dans le droit chaotique élaboré par Rome au fil d'un millénaire.
Dans un premier temps, la commission de spécialistes présidée par Tribonien regroupe des codes connus sous le nom de Grégorien, Hermogénien etThéodosien ainsi que des anciennes constitutions impériales. Elle en expurge les contradictions et les vieilleries et le résultat est un code de lois publié en 529 sous le nom de Code Justinien.
Mais l'empereur ne s'en tient pas là. Il demande à Tribonien de s'attaquer au droit privé et à la jurisprudence.
La commission dépouille 1500 livres de droit et pioche dans l'oeuvre de quelques grands jurisconsultes de l'époque classique. Elle adapte les prescriptions aux conditions du moment, dans l'empire romain d'Orient...
Cette compilation débouche enfin sur la publication du Digeste. C'est un recueil de 50 livres divisés en titres, chacun étant consacré à un sujet de droit (le Code Civilnapoléonien ne se présentera pas autrement).
Les juristes complètent leur travail par la publication, la même année, des Institutes. Il s'agit d'un manuel à l'usage des étudiants en droit. Ajoutons pour être complet la publication dans les années suivantes des Novelles, c'est-à-dire des mises à jour et des lois récentes.
Un héritage durable
Oublié dans l'anarchie des siècles suivants, le droit justinien a été remis à l'honneur au XIe siècle dans les cercles savants d'Italie. Il est pour une bonne part à l'origine du Code Civil napoléonien et de nos propres lois !
Quelques formules savoureuses sont passées à la postérité. Par exemple :« Pater autem is est quem nuptiae demonstrant » (Le père est celui que le mariage désigne ; autrement dit, en cas de filiation douteuse d'un enfant, le père est réputé être le conjoint de la mère).
Notons que Justinien, son initiateur, fut par ailleurs un conquérant heureux... et le dernier des grands empereurs romains ! Il est mort en 565, soit cinq ans avant la naissance de Mahomet dans une obscure oasis arabe.
mardi 3 novembre 2015
EN REMONTANT À L'ÉPOQUE DES MOINES, ON RETROUVE UNE PARTIE DE L'HISTOIRE DE GUESNAIN. PLUS GÉNÉRALEMENT LES MONASTÈRES ET ABBAYES ONT FAÇONNÉ LA VIE À L'ÉPOQUE MÉDIÉVALE ET PLUS LARGEMENT À L'ÉCHELLE DE LA PLANÈTE TOUTES LES CIVILISATIONS
Moines et abbayes
Le coeur battant de la société médiévale
GUESNAIN a appartenu, du VIIe siècle à 1789, au CHAPITRE NOBLE DE SAINTE ALDEGONDE DE MAUBEUGE.
Dames de Maubeuge, les chanoinesses séculières y exerçaient les haute, moyenne et basse justices ; elles étaient en outre décimateur et collateur de la cure. Elles y possédaient une importante propriété : la cense de Guesnain encore appelée la ferme du Chapitre.
En 1791, lors de sa vente aux enchères, ce domaine comprenait :
une ferme et divers bâtiments entourés de 3 coupes 2 pintes et demi de pâtures et 4 rasières* une coupe de près
171 rasières de terres labourables dont 46 provenaient du partage du marais en 1785 ce qui représente un peu plus de 77 hectares de terre * (la superficie de Guesnain est de 400 ha dont 350 ha de terres cultivables)
A cette époque la cense était occupée par M. RIDEZ dont le bail avait été renouvelé en 1789.
La ferme et les terres ont été vendues le 19 septembre 1791. Mise à prix à 31200 livres, elles ont été adjugées à François DAIX pour la somme de 152 000 livres.
Comme on le voit, Guesnain a vécu sous l'autorité monacale une bonne partie de son histoire. Il est donc intéressant de se plonger dans l'histoire du monachisme et pas seulement en France...
vendredi 30 octobre 2015
dimanche 25 octobre 2015
LE PASSÉ MÉDIÉVAL DE GUESNAIN DOIT BEAUCOUP AUX ORDRES MONASTIQUES QUI ONT ASSÉCHÉ LES MARAIS CRÉÉ DES
Moines et abbayes
Le coeur battant de la société médiévale
Toutes les grandes religions connaissent le monachisme, un choix de vie qui porte certains croyants à renoncer à la vie de famille, au moins temporairement, pour magnifier leur foi en collectivité, par la dévotion et la charité.
Cette pratique structure par exemple la société contemporaine en Thaïlande, pays profondément bouddhiste. Mais elle a aussi structuré l'Égypte chrétienne des premiers siècles et plus encore l'Europe médiévale.
De l'effondrement de l'empire romain d'Occident, au IVe siècle, jusqu'à la crise de l'Église catholique romaine, au XVe siècle, les monastères apparaissent comme des pôles de stabilité et des organisations économiques innovantes dans une société instable et pauvre. Leur fonction sociale, chanter la louange de Dieu (opus Dei en latin), est perçue comme vitale par la communauté des fidèles.
André Larané
Ermites et cénobites des origines
C'est en Égypte, où les villes côtoient le désert, que le monachisme chrétien prend son essor au IIIe siècle. Fuyant les persécutions et les désordres, beaucoup de fidèles choisissent alors de renoncer à leurs biens. Ils se réfugient dans la solitude pour prier et se préparer à la vie éternelle en se conformant au précepte évangélique : « Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi... » (Matthieu, XIX, 21).
Les siècles suivants voient la multiplication de ces ermites (du mot grec eremos qui désigne le désert) ou anachorètes (du grec ana, à l'écart, et khorein, se retirer). Ils auraient été jusqu'à cinq cent mille !
Comme d'autres ermites particulièrement réputés, il voit venir autour de lui des disciples, ce qui l'oblige à renoncer à la solitude et fait de lui le patriarche des cénobites (du mot grec keinobios qui désigne ceux qui vivent ensemble et s'oppose à anachorète).
Il est considéré de façon un peu abusive comme le « Père des moines d'Occident (et d'Orient) ».
Un contemporain moins prestigieux, saint Pacôme, inaugure pour de bon en 315 la vie communautaire ou cénobitique au monastère de Tabennèse, en haute Égypte, où il rassemble jusqu'à 1 300 moines.
Le monastère est ceint d'une clôture qui le protège des pillards. Il vit en autarcie et se suffit à lui-même avec une organisation calquée sur les villae romaines (grandes exploitations agricoles).
Saint Pacôme impose à ses moines une règle particulièrement sévère qui va malgré cela perdurer jusqu'à nos jours dans le monachisme oriental.
Un demi-siècle plus tard, Jean Cassien, qui a connu les moines d'Égypte, fonde à Marseille l'abbaye Saint-Victor. Ses écrits, sous le titre de Collations (entretiens en latin), vont faire connaître et populariser en Occident les principes de la vie monastique.
Celle-ci continue néanmoins de se pratiquer de façon désordonnée. Nombreux sont les ermites qui hantent les clairières et les moines « gyrovagues » qui errent deçà delà en quête d'un maître spirituel qui les satisfasse.
Le premier qui va réunir les suffrages estsaint Benoît de Nursie, fondateur de l'abbaye du Mont-Cassin, entre Rome et Naples.
La révolution bénédictine
Pour ses disciples, saint Benoît écrit une règle inspirée de ses prédécesseurs mais qui s'en distingue par le souci de l'équilibre. Loin de toute extravagance, il prône une discipline saine fondée sur la prière et le travail manuel (orare et laborare) et garantie par une stricte obéissance à l'abbé, lequel est élu à vie.
Saint Benoît précise qu'à la mort de l'abbé, les moines se réunissent en chapitre pour choisir celui qui est le mieux apte à lui succéder. Il précise seulement qu'il doit être choisi par la part la plus saine des moines (sanior pars en latin).
Il n'est pas encore d'élection au sens que nous lui connaissons, les premières communautés étant trop restreintes pour s'y prêter. On peut plutôt parler de cooptation comme cela se fait au sein du Conseil européen des chefs d'État pour désigner le futur président de la Commission...
C'est seulement au XIIIe siècle qu'émergera l'élection sur le principe un homme/une voix, avec désignation du nouvel abbé à la majorité (maior pars). Ainsi peut-on porter au crédit des moines bénédictins l'invention de la démocratie élective, ou plutôt sa redécouverte après qu'elle fut tombée en déshérence suite à la ruine d'Athènes et de la Grèce antique.
Il n'empêche que sa règle progresse très lentement, d'autant qu'au VIIe siècle, elle entre en concurrence avec la règle beaucoup plus dure de l'Irlandais saint Colomban.
Elle l'emporte enfin sur celle-ci grâce au soutien actif de Charlemagne et de son fils Louis le Pieux et va rallier à elle toutes les communautés monastiques à venir.
La société féodale d'Europe occidentale se structure très vite autour de ces monastères, généralement fondés à l'initiative d'un riche et puissant seigneur. Ils bénéficient de dons importants et sont plus ou moins respectés par les guerriers.
Il n'y a pas de famille aristocratique qui n'aspire à placer au moins l'un de ses rejetons dans un monastère de bonne réputation pour qu'il s'instruise et assure le salut commun par ses prières. Ces enfants confiés aux monastères sont désignés sous le nom d'oblats (du latin oblatus, « offert »).
La règle bénédictine a été au départ conçue pour les hommes mais les femmes ne tardent pas à réclamer des aménagements pour elles-mêmes. Peu à peu, elles obtiendront le droit de se consacrer elles aussi à l'opus Dei, comme à l'abbaye de Fontevraud.
Les moines au travail
Par leur puissance économique, ils dominent de manière écrasante la société féodale dès l'époque carolingienne.
Par leur activité intellectuelle, ils contribuent aussi à la résurrection de la culture antique et de la culture tout court.
Pour prier Dieu comme il convient, les abbés et les moines ont le souci en effet de revenir aux sources et pour cela de se plonger dans la lecture des ouvrages antiques.
Ainsi redécouvrent-ils le latin, passablement oublié aux temps mérovingiens, jusqu'à créer un latin médiéval qui va devenir pour de longs siècles la langue de communication de l'Europe lettrée.
C'est dans les monastères que se maintient un semblant d'instruction. L'école de l'abbaye de Fontenelle (aujourd'hui Saint-Wandrille de Fontenelle, en Normandie) aurait ainsi compté jusqu'à 300 élèves. Mais les livres demeurent rares et l'on n'en dénombre jamais plus de 500 dans les bibliothèques monastiques.
C'est ainsi que les monastères, à l'époque carolingienne, se dotent d'un scriptoriumoù les moines les plus aptes recopient assidûment les manuscrits, dans des conditions physiques très éprouvantes. Il faut compter une année environ pour recopier une Bible.
Un monastère modèle
Dès l'époque carolingienne, les monastères bénédictins sont construits à peu près sur le même modèle, autour de l'église abbatiale, dont le choeur est orienté vers Jérusalem, à l'Est.
Nous en trouvons témoignage dans le célèbre plan architectural ci-dessous, le seul que nous ait légué le Moyen Âge. Il a été dessiné vers 820 pour l'abbé de Saint-Gall, monastère suisse de grande réputation.
Sur le flanc sud de l'abbatiale se tient le cloître (à droite sur le plan car jusqu'au XVIIIe siècle, les cartes étaient « orientées » vers le haut). Autour du cloître s'ordonnent : à l'Est le chauffoir ou salle capitulaire (c'est dans cette salle, la seule qui soit chauffée, que se tient le chapitre), au Sud le réfectoire et les cuisines, à l'Ouest le cellier et au-dessus l'office.Les dortoirs se tiennent au-dessus du chauffoir. Ils sont flanqués des latrines communes et des bains.;
À ce noyau central s'ajoutent les bâtiments utilitaires, à commencer par le scriptorium et la bibliothèque (à droite du choeur), les ateliers ainsi que les logis des visiteurs de marque, l'infirmerie... sans compter le traditionnel jardin de plantes médicinales, plein Est.
La révolution clunisienne
Jusqu'au Xe siècle, les monastères sont autant de communautés autonomes, fortement ancrées dans leur terroir, généralement sous l'influence de la famille à l'origine de leur fondation. Il va sans dire que les grands féodaux lorgnent avec envie sur leurs richesses et ne se privent pas parfois d'imposer à leur tête des amis ou des familiers soucieux seulement de les piller.
Fermés aux laïcs, ils sont néanmoins ouverts sur le monde et à son écoute, soucieux de réformer une société et une Église en crise profonde.
Le tournant survient au début du Xe siècle avec la création d'un monastère à Cluny, dans une lande proche de Mâcon, à l'initiative du duc d'Aquitaine.
Forts de cette immunité et de qualités intellectuelles et morales indéniables, les moines et les abbés de Cluny vont moraliser le clergé mais aussi contener les pulsions guerrières des féodaux et les orienter vers le service de « la veuve et l'orphelin ».
Ils vont aussi s'ériger en donneur de leçons, devenir les conseillers des grands féodaux, des évêques et des papes, jusqu'à devenir eux-mêmes papes au siècle suivant et diriger la réforme dite « grégorienne », du nom de l'un des leurs, le pape Grégoire VII.
Cluny, très vite saturée par l'afflux de vocations, implante dans toute l'Europe des« abbayes-filles » dont l'abbé demeure sous l'autorité de l'abbé de Cluny.
Après l'An Mil, on compte ainsi un total de 1450 communautés clunisiennes (monastères et prieurés) rassemblant dix mille moines, non compris bien sûr le personnel laïc et les oblats. Grâce à ce réseau tentaculaire s'impose sur l'ensemble de l'Occident la réforme grégorienne.
M
ais la congrégation clunisienne porte aussi la plus grande attention à la liturgie.
Les offices gagnent en somptuosité à travers les chants dits « grégoriens » et la décoration des églises selon le style dit« roman ».
En 1097, dans une lettre adressée à l'abbé de Cluny, le pape Urbain II attribue à la congrégation clunisienne la parole du Christ à ses apôtres : « Vous êtes la lumière du monde ».
Cet hommage a un goût de cendre car montent déjà de toutes parts des critiques à l'égard des clunisiens auxquels on reproche leur relâchement, leur goût croissant du luxe, leur tendance à délaisser le travail au profit des offices, bref, leur prise de distance avec la règle bénédictine. Deux siècles après la fondation de Cluny, ces critiques vont susciter la création d'une congrégation rivale, l'ordre de Cîteaux.
La réforme cistercienne
Les cisterciens, avec plus de succès que les autres, restaurent la règle bénédictine dans sa pureté originelle en rendant toute sa place à l'humilité, à la pauvreté et au travail, y compris le travail agricole. Ils réduisent la décoration des églises et la liturgie à l'essentiel : la contemplation de Dieu... en y ajoutant toutefois la dévotion à la Vierge.
Leur rayonnement va être plus rapide et plus étendu que celui de Cluny, plus bref également. Cela grâce au charisme exceptionnel de saint Bernard de Clairvaux. Cîteaux et ses « quatre filles », toutes bourguignonnes à l'exception de Clairvaux la champenoise, étendent leurs ramifications en Italie comme en Allemagne, en Scandinavie etc, soit par création de nouvelles abbayes, soit par affiliation d'abbayes préexistantes.
À la différence de Cluny, Cîteaux impose une sévère discipline à l'ensemble de ses « filles ». Une fois par an, chaque abbaye est contrôlée. Cîteaux elle-même est contrôlée par un abbé des « quatre filles » et tous les abbés sont invités à se réunir dans un chapitre général pour valider les évolutions de la règle et sanctionner les éventuels manquements à celle-ci. L'ordre cistercien apparaît de ce fait comme le premier ordre monastique véritable, solidement structuré et discipliné.
Aussi confient-ils les travaux des champs et des ateliers à des frères convers ouconverts (du latin conversus, converti).
Issus le plus souvent de la paysannerie, ils sont tonsurés comme les moines mais portent la barbe et surtout ne participent pas à la liturgie. Ils ont seulement le devoir d'assister à la messe dominicale.
La liturgie est le domaine réservé desmoines de choeur, généralement issus de la petite ou moyenne noblesse comme saint Bernard. C'est aux moines de choeur aussi que revient la copie de manuscrits.
Toutefois, l'ordre cistercien se montre accommodant pour les abbayes préexistantes qui le rejoignent et recourent à la dîme et à des serfs.
Innovateurs, organisés et diligents, les cisterciens vont magistralement valoriser les ressources de la terre partout en Occident, qu'il s'agisse d'irriguer, draîner, défricher, exploiter le sous-sol...
Ils améliorent par croisement les espèces animales et végétales, développent le labour profond et l'assolement triennal, enfin font reculer la jachère.
Mort et renaissance
Mais dès le XIIIe siècle, avec le développement des villes et de l'économie marchande, les monastères de tous ordres vont se marginaliser irrésistiblement. Ainsi vont-ils dès le début du XIIIe siècle renoncer totalement à la copie de manuscrits, celle-ci étant reprise par des ateliers laïcs. Plus grave, ils vont être concurrencées par les ordres mendiants, tels les dominicains et les franciscains, qui fuient les « solitudes » et parcourent les villes, au plus près des fidèles.
Les ravages de la guerre de Cent Ans (XIVe siècle) puis la Réforme et la sécularisation des monastères par les princes luthériens d'Allemagne (XVIe siècle) vont accélérer le déclin des ordres monastiques. Au XVIIe siècle, suite à la Contre-Réformecatholique, le monachisme va connaître un renouveau, notamment avec Armand de Rancé, abbé de La Trappe.
Mais le déclin reprend au siècle suivant. Dans beaucoup de monastères, comme ceux de Cluny, Cîteaux ou Clairvaux, le patrimoine foncier, colossal et fructueux, ne profite souvent qu'à une poignée de moines et surtout à l'abbé commendataire, parfois un rejeton laïc de la haute aristocratie.
C'est au point qu'en France, en 1766, le roi Louis XV réunit une Commission des Réguliers pour réformer d'urgence les monastères, sans prendre la peine d'en référer au pape...
La commission, composée de prélats, de théologiens et de conseillers d'État, avec pour rapporteur l'archevêque de Toulouse Étienne de Loménie de Brienne, formule en mars 1768 un édit qui réserve la profession moniale aux hommes d'au moins vingt-et-un ans et aux femmes d'au moins dix-huit ans. Il supprime aussi d'un trait de plume tous les monastères qui comptent moins de seize religieux (neuf pour ceux qui sont affiliés à une congrégation). Ainsi disparaissent 122 monastères bénédictins sur 410.
La Révolution achèvera le travail en supprimant totalement les ordres religieux par le décret du 13 février 1790. Les moines sont relevés de leur voeux perpétuels le 20 septembre 1792 en même temps qu'est légalisé le divorce, les députés jugeant contraires à la Liberté des engagements irrévocables. Généralement loin des villes, les bâtiments monastiques, désertés et voués à l'abandon, entament un long déclin.
Le monachisme occidental va connaître un modeste regain au XIXe siècle avec, en France par exemple, la restauration de l'abbaye bénédictine de Solesmes (Sarthe) par l'abbé Guéranger et cinq compagnons.
Loin de l'influence qu'il s'est acquise au Moyen Âge, il poursuit sa route avec modestie et humilité.
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