Guesnain

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mercredi 11 novembre 2020

Réunion publique à Guesnain en 1909 de la section socialiste avec le député Goniaux

 




GUESNAIN 

Réunion publique. — Dimanche dernier, la section de Guesnain avait organisé une réunion publique avec le concours des citoyens Goniaux, député de la circonscription et Ghesquière, député de Lille. Malgré le mauvais temps, la réunion est ouverte avec un public assez  ombreux. Le citoyen Poignet procède à la formation du bureau. Sont acclamés : président, le citoyen Belo  Martial, secrétaire de la section socialiste ; assesseurs : Marelle Gustave, secrétaire rie la section syndicale des mineurs, et Flinois Fleury, membre de la section et comme secrétaire le citoyen Poignet Paul, également membre de la section.

Après avoir remercié les citoyens présents, le président rappelle que, conformément aux promesses faites pendant la période électorale dernière, les députés socialistes seuls rendent compte de leur mandat et c'est ce que vient faire aujourd’hui le citoyen Goniaux auquel la parole est donnée.

Ce dernier, dans un langage clair et simple qu’on lui connaît , passe en revue en les commentant au fur et et à mesure toutes les propositions de lois faites par le groupe socialiste au Parlement. Pendant plus d’une heure, il tient l’auditoire tous le charme de ses explications et les applaudissements ne lui sont pas ménagés. Après un vain appel à la contradiction, la parole est donnée au citoyen Ghesquière.

A son tour, la député de Lille fait la critique de la société bourgeolse qui a soin de s'approprier la plus grosse partie du budget pendant que le prolétariat crève la faim. Le grand silence coupé seul par les applaudissements sont la prouve que ses énergiques paroles ont porté et seront retenues.

Personne ne demandant la parole à l’appel du président, ce dernier donne lecture de l’ordre du jour suivant qui est adopté à l’unanimité :

« Les citoyens de Guesnain réunis su nombre de 150, après avoir entendu le citoyen Goniaux rendre compte de son mandat de députe; le citoyen Ghesquière parler de la réforme économique et politique de la République, approuvent pleinement leurs déclarations et s’engagent aux prochaines élections de 1910 à faire triompher par leur vote, le candidat du parti socialiste. Lèvent ta réunion au cri de : Vire l’internationale ouvrière."




vendredi 6 novembre 2020

Grève des mineurs à la fosse Saint-René "Ils ont pris la Bastille" 1906_03_20_Le_Reveil_du_Nord

 





BASSIN DU NORD COUP D'OEIL GENERAL 

Importante réunion syndicale à Dorignies. — Discours de Quintin et de Goniaux. — Vote d’un ordre du jour de confiance, — Réunions à Leforest, à Courcelles et à Sin-le-Noble


Bravant les giboulées de mars, la grêle, la pluie glaciale, la bise, deux mille mineurs s’étaient donné rendez-vous è DORIGNIES, pour assister à la conférence du citoyen Goniaux, secrétaire général du Syndicat des Mineurs du Nord, qui les avait convoqués pour leur rendre compte des résultats de la réunion à Paris de la commission mixte. Il y a là, 1500 travailleurs de « L’Escarpelle », d’autres sont venus d’Aniche, de Sin-leNoble ; beaucoup de femmes aussi assistent à la réunion. Elle avait été annoncée pour midi, mais Goniaux retenu à Leforest plus longtemps qu’il ne l'avait prévu, n’arrive qu’à une heure et demie. Aucune manifestation d’impatience pendant cette longue attente ; on s'entretient de la grève, de son extension ; on cite quelques chiffres : à Flines-lez-Râches, il y a eu au numéro 1 neuf descentes et dix-sept au numéro 2 ; à Notre-Dame, trente descentes, dix à la fosse Desjardin et vingt à Gayant. A Guesnain les camarades « ont pris la Bastille », c’est à-dire qu’ils ont persuadé les mineurs de celte fosse de se solidariser avec eux ; mais las ingénieurs et les porions se sont rendus au domicile des ouvriers pour leur annoncer qu'ils préparaient une coup pour deux heures. Il n’y aurait rien de surprenant si la Bastille était prise une seconde fois, et fL cette nuit, dans bien des corons on buvait la « bistouille" longtemps avant que se lève l’aurore. Il y a là-bas, un Marocain qui vaut l'Orang-Outang des Brebis de Bully-Grenay. Les gendarmes lui ont toutefois administré une douche qui peut-être lui sera salutaire. « Marocain, lui ont-ils dit, si vous continuez à porter atteinte à la liberté de la grève chez vos mineurs, nous n'irons pas sans doute jusqu’à vous arrêter et vous conduire menottes aux mains en prison, mais, nous vous laisserons vous débrouiller seul avec vos ouvriers, sans intervenir aucunement, vous laissant toute la responsabilité de ce qui pourrait vous arriver. Le Marocain doit réfléchir ! que les temps sont donc changés ! Il me semble que MM. les ingénieurs feront bien, eux aussi, de se cantonner dans les limites de tours attributions. L'impression générale qui se dégage de foutes les conversations auxquelles je me mêle, c’est que jes mineurs désirent par dessus tout, l’incorporation de la prime dans le salaire ; ils protestent contre cette décomposition du salaire en 4 fr. 80 ou tout autre chiffre, plus tant pour cent. Plus de primes ! un salaire fixe ! Toujours tes Compagnies, tant qu’il y aura des primes, s’arrogeront le droit de les réduire, tout en laissant croire qu’elles n’abaissent pas nos salaires. Celle question tient très au cœur des mineurs de l'Escarpelle. Ils protestent encore très vivement contre les longues-coupes. Sans doute, disent-ils. la Compagnie n’oblige pas de faire douze heures, mais elle prévient l’ouvrier que s’il ne consent pas à le faire, on le remplacera. Contre tant d’inconvénients au point de vue de la «santé du travailleur, du chômage des bras qui attendent un labeur, des stocks qui montent, il en résulte aussi que si le mineur qui travaille douze heures reçoit un salaire de 9 francs, la Compagnie l’inscrit comme salaire normal et fait monter ainsi artificiellement, sa moyenne. 


mercredi 21 octobre 2020

Aux Mines d'Aniche, Les Syndicats et la Compagnie minière , Entrave à la liberté syndicale à Guesnain 1902_07_15_Le_R_veil_du_Nord

 


Aux Mines d’Aniche 

Les Syndicats et la Compagnie minière 

Au nom de la liberté syndicale et au nom des ouvriers que j'ai l’honneur de représenter, nous venons protester contre les chefs de cette compagnie qui veulent entraver la liberté syndicale en congédiant ses militants ou ceux qui prêtent ou qui louent leurs salles de conférences. 
Nous protestons de même au sujet de la loi des accidents que la Compagnie d'Aniche interprète mal en mettant les ouvriers en congé sans même avoir à leur payer le demi-salaire qui leur est dû. La semaine dernière, le citoyen Goniaux, président du Syndicat, se rendit à Guesnain pour y faire une réunion syndicale. Comme on n’y trouvait pas de salle, un honnête ouvrier voulut bien mettre son jeu de billon fermé et couvert à la disposition des mineurs. La compagnie d’Aniche, pour ce fait, a prévenu l'ouvrier de ses 15 jours. A la dernière heure, nous apprenons qu’un porion aurait prévenu l’ouvrier qu’il pouvait reprendre son travail. Après trente-deux ans de République, des patrons osent encore violer la dignité, la liberté de leurs ouvriers ! 
Cependant la Compagnie d'Aniche sait bien qu'elle n'a à se plaindre d’aucun membre du Syndicat. Elle devrait au moins avoir plus d’humanité envers ses ouvriers et leur permettre de manger du pain en travaillant. Si elle ignore que les temps de l’esclavage sont passés, il se trouvera bien un député à la Chambre qui saura le lui rappeler et demander au Gouvernement de faire respecter les lois par les potentats capitalistes. 
A. MOCHE.



LES RÉUNIONS PUBLIQUES À GUESNAIN ET LEWARDE DU CANDIDAT AUX LÉGISLATIVES, GONIAUX 1902_04_20_Le_R_veil_du_Nord_

 



LES REUNIONS PUBLIQUES 


A GUESNAIN 

La réunion publique organisée par le P. S. F., lundi dernier, dans la commune de Guesnain, a donné au candidat Goniaux, une preuve nouvelle des sympathies qui l’environnent. 

La réunion a été présidée par le citoyen Watrain.

Goniaux, qui a la parole, déclare qu'il a été désigné comme candidat par les groupes nombreux du Parti socialiste français, par les organisations ouvrières auxquelles se sont joints en masse les petits commerçants et cultivateurs de la circonscription. Aussi, dit le candidat, est-il de mon devoir de venir, devant tous ces travailleurs qui reconnaissent la nécessité d'une candidature ouvrière, expliquer mon programme.»

Goniaux trace alors le programme de réformes qui s'impose à la démocratie ouvrière et démontre ainsi que Monsieur Debève n'a pas toujours travaillé à en hâter l'application.

Citant les votes du député sortant, l'orateur est bien forcé d'en conclure qu'ils sont loin de favoriser les desiderata du prolétariat. D'autre part, Monsieur Debève s'est rarement donné la peine de monter à la tribune. Il s'est refusé à voter l'impôt sur le revenu, comme la séparation de l'église et de l'état ; Il s'est également montré l'adversaire de la suppression des 28 et même des 13 jours. Au point de vue politique, dit Goniaux, Monsieur Debève a tourné le dos aux républicains avancés pour faire risette à la réaction déguisée. C'est ainsi qu'aux élections cantonales dernières, il se présentait radical à Aniche et progressiste à Douai. 

Aujourd'hui, il doit bien regretter de s'être laissé enrôler par des gens qui, en présentant le réactionnaire Cocheteux, se réclame des élections Godin et Wats.

Goniaux en arrive à la candidature Cocheteux, candidat réactionnaire et nationaliste, qui se pare de l'étiquette de républicain progressiste pour mieux piper le corps électoral. Goniaux traite ensuite la question agricole dont le candidat nationaliste Cocheteux veut tant se réclamer et indique le remède à y  apporter.

Avant de terminer, Goniaux renouvelle les déclarations qu’il a déjà faites, au sujet de la discipline républicaine. 

- Il ne faut pas perdre de vue l’ennemi commun. De nombreux applaudissements soulignent les dernières paroles du citoyen Goniaux. Après un appel des citoyens Watrain et Defontaine, en faveur de la candidature Goniaux, la séance est levée au milieu d’une grande animation . 


A LEWARDE 

Après la réunion de Guesnain, Goniaux, accompagné de plusieurs camarades, s’est rendu à Lewarde, où une réunion devait avoir lieu à 8 h du soir

Le citoyen Gallet, président du Syndicat des verriers d'Aniche, est présent. La déclaration de réunion n'ayant pas été faite à temps, il est décidé qu'on ne constituera pas de bureau et qu'on se bornera à faire une causerie. Le citoyen Gallet prononce quelques paroles bien senties en présentant le candidat Goniaux. Celui-ci prend la parole et, comme à Guesnain. il démontre la nécessité pour tous les travailleurs d’envoyer un des leurs à ia Chambre des députés. Goniaux profite de la présence de plusieurs cultivateurs pour traiter à nouveau la-question agricole et, comme toujours, le fait avec grand succès. Il cite ensuite quelques votes peu républicains et peu démocratiques du député Debève. A ce moment, un conseiller municipal dit au garde-champêtre : « Arrêtez-le de parler. Voilà près d’une heure qu'il parle. » Le garde essaie vainement d'empêcher Goniaux de parler, et celui-ci continue à attaquer la candidature du candidat réactionnaire-nationaliste Cocheteux, que les électeurs doivent surtout répudier. Goniaux renouvelle encore ses déclarations relatives à la discipline républicaine au second tour. 





vendredi 3 avril 2020

Grève générale des mineurs dans le Nord, un article du Réveil du Nord du 16 octobre 1902







Grève générale 
DES MINEURS 
OHE LES JAUNES ! 

Les jaunes sont en train de se manger le nez, il y a du tiraillement. 
L’ « Union Ouvrière » annonce, en effet, que :
" Le Conseil prononce les exclusions de MM. Biétry, Verleye, Jarry. 
« A l'unanimité, le Conseil s’élève contre la conduite infâme de Biétry, et manifeste hautement sa réprobation et son indignation au sujet de l’attitude de Biétry et de ses acolytes ; prie le secrétaire général de faire connaître à toutes nos organisations les décisions du Conseil prises à l’unanimité et de mettre en garde les adhérents de nos syndicats, contre les agissements et les manœuvres de nos pires ennemis, étant édifiés par les preuves matérielles et indéniables établissant le « complot » organisé par ces messieurs, sourdement, auprès de nos syndicats de province, contre notre œuvre, et ce, au profit d'ambitions personnelles. » Allons, tout va bien ; la discorde règne au camp jaune. Continuez, Messieurs. 
Nous marquerons les coups, et puis c’est drôle la galerie qui s’esbaudit fort de vous voir entre dévorer. 
A quand Lanoir ? 


Attroupements de grévistes


 On a lu la version officieuse, sinon officielle, de la bagarre de Terrenoire, près de Saint-Etienne. 
Il est une constatation qui en ressort dès maintenant : deux ouvriers ont été tués, et le gendarme qui a fait feu n’était pas en état de légitime défense. Il n’a fait aucune sommation, lancé aucun avertissement. 
C’est un crime. 
La loi de 1848 sur les attroupements est, en effet, précise sur, ce point. Les agents de l’autorité ne doivent faire usage de leurs armes qu’après trois sommations, et, s'il faut admettre, par impossible, que les cailloux qu’on lui jetait eussent pu mettre sa vie en danger, le gendarme aurait dû, tout au moins, décharger d’abord son revolver en l’air pour effrayer les « manifestants ». On ne saurait, d’ailleurs, trop rappeler les termes de cette fameuse loi sur les attroupements, qu’on invoque toujours à tort en temps de grève. L’article premier est ainsi conçu : Tout attroupement armé formé sur la voie publique est interdit. Est également interdit, sur la voie publique, tout attroupement non armé qui pourrait (??) troubler la tranquillité publique. Or, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas d attroupement ? Ils sont cent mille, les mineurs qui, hier, travaillaient au fond de la mine, et que la grève a d'un seul coup, rendus à la vie des champs. Entassés les uns sur les autres, dans des maisonnettes contiguës, construites sur le même modèle et alignées au cordeau, il leur est impossible de faire un pas dans la rue. sans se rencontrer et ils causent. Attroupement ! Que quelques gendarmes passent au moment où, victimes des mêmes abus, souffrant les mêmes douleurs, ils discutent entre eux, à leur porte, des moyens de mener à bien la défense de leurs intérêts, et, c'en est fait, voilà des homme: qui ne faisaient aucun ma!, qui ne menaçaient en aucune façon la tranquillité publique, qui jouissaient, comme tous les citoyens, du droit de se promener et de parler librement de leurs affaires, et auxquels l’ordre est cependant donné de se disperser. 
Circulez !. Circulez. ! 
Je ne sais rien de plus révoltant que celte apostrophe que les sergots lancent le plus souvent à des badauds que le hasard a massés dans quelque coin pour voir un cortège, une cavalcade, ou la binette d'un empereur : il faut que le cortège passe, que la cavalcade défile, et que les empanachés de l'escorte impériale aient l’espace suffisant pour caracoler. Mais là bas, au Pays Noir ? Où est-elle cette raison ? La rue est libre. Les champs sont vastes. La plaine s'étend à l'infini, et les ouvriers sont chez eux. 
N'importe, il faut circuler. 
Si, au lieu d’être en grève et occupés à défendre leurs intérêts, les mineurs en même nombre se réunissaient à l’occasion d’une fête quelconque, autour de baraques foraines pour voir les pitreries d’un clown, ou entendre les vagissements d’une « femme poisson » personne ne viendrait les troubler. 
Ainsi, le Circulez ! Circulez ! que font retentir brutalement à toute minute à leurs oreilles, les gendarmes, les soldats et les officiers, devient à leur adresse, une véritable et perpétuelle provocation. 

Bassin du Nord 

A part de nouveaux envois de troupes, rien de nouveau à l’Escarpelle, à Aniche, à Flines, ni à Azincourt.

L'arrivée de deux compagnies du 84 d'infanterie, et l’attente de dragons et de cuirassiers n’en sont que plus ridicules, en raison du calme imperturbable des grévistes. La compagnie d’Aniche a réussi, nous l’avons dit hier, à ramener quelques ouvriers à Guesnain et à Dechy, en leur promettant 40 % de prime, mais le nombre de ces reprises est tellement insignifiant qu’il n’attire pas même l'attention des grévistes. Toutefois, dans le but de faire croire à une importante reprise du travail, la compagnie, lorsqu'on la sollicite de fournir le nombre des descentes, accuse en bloc celui des ouvriers du fond et celui des ouvriers de l'extérieur, de façon à grossir le chiffre. En réalité, sauf à Guesnain, le chômage peut toujours être considéré comme complet dans les autres fosses. 

AU « DOUAI REPUBLICAIN » 

Nous avons flétri ici même, comme elle le méritait, l'attitude odieuse du journal « Douai-Républicain » vis-à-vis des mineurs. Cette feuille, vendue à un sous-préfet réactionnaire, et non moins dévouée aux intérêts quasi-similaires de certain capitaliste, ex-deputé et récemment décoré, cette feuille n'a pas reculé devant les insinuations les plus perfides et les plus abjectes, dans le oui (le discréditer le syndicat des mineurs du Nord et d’ébranler la confiance des syndiqués dans leur organisation. Et nous le répétons, ceux qui aujourd'hui s’attaquent de la sorte au principe d’une organisation dont ils redoutent l’extension, ceux qui éructent leur bave venimeuse sur le syndicat sont ceux-là mêmes qui, il y a moins de cinq mois, s’aplatissaient devant ses représentants à Somain, sollicitant leur appui pour déterminer l’appoint des mineurs en faveur de la candidature Cardon. Et M. Cardon, qu’on ne l’oublie pas, s’engageait à soutenir, avec Basly, Selle et Lamendin, toutes les revendications minières. 
Après cela faut-il s’étonner si, au cours d’une réunion gréviste, les mineurs ont voté un ordre du jour de flétrissure au journal qui employait contre eux des armes aussi déloyales ? Certes, notre confrère en est pour sa honte et point ne lui sert de tourner sa rancune contre Goniaux qui n’en peut mais. Ce sont tous les mineurs syndiqués qui ont ressenti l’affront fait à leurs dirigeants, et ce sont tous les mineurs syndiqués, et même bien d’autres, qui tiennent à le laver.  
En outre, dans son numéro d’hier, le « Douai-Républicain », en termes amphigouriques, nous répond qu’il ne répondra pas, mais il nous invite à ne pas prendre son silence comme un acquiescement à ce qu'il nous plaît de raconter. 
"Chaque chose viendra à son tour », conclut-il. C’est avec cette formule qu’on se tire d’affaire, lorsqu’on est embarrassé. Et c'est aussi avec cette formule qu’on peut prendre son temps pour méditer de nouveaux mensonges ou d’autres infâmies. En tout cas, n'importe. Nous attendrons, fût-ce sous l'orme. 

A SOMAIN 


Le « Réveil » d’hier faisait connaître aux lecteurs que cinq mineurs de Somain devaient comparaître, jeudi, devant le tribunal correctionnel de Douai, sous l’inculpation d’entraves à la liberté du travail. Afin d’édifier la population sur les mesures vexatoires qu’exerce la compagnie d’Aniche, je tiens à faire connaître dans quelle condition j’ai pu entendre, de la bouche d’un mineur, les actes de pression et d’intimidation (on devrait dire d’inquisition) dont se serait rendu coupable un ingénieur des mines d'Aniche. Passant mardi 8 octobre, vers six heures du soir, dans la rue Thiers, mon attention fut attirée par un groupe formé autour du jeune R.., mineur, demeurant rue du Masy, à Somain ; j’approchai et j’entendis ce qui suit : R... racontait que la veille, un ingénieur et des porions l'avaient sommé de déclarer, sous peine d’être mis à la porte, que le mineur M..., demeurant également à Somain, l’avait arrêté en se rendant à son travail. Or. M..., malade et restant chez lui, avait fait sa première sortie pour aller voir la ducasse. M... fut appelé à la gendarmerie pour enquête. Il s'y rendit accompagné du jeune R...; là, pressé de questions, ce dernier avoua qu’il avait accusé M... sous peine de renvoi, mais, qu’en réalité, il ne l’avait pas vu. Ces procédés sont indignes d’un honnête homme, c'est pourquoi je tiens à les signaler au public. 

REUNION PUBLIQUE 


Mardi, à onze heures, devant 300 auditeurs, le citoyen Goniaux est venu faire une conférence. Après avoir mis les mineurs au courant de la situation, il les engage à garder le calme qu’ils ont su montrer jusqu’à présent. Un ordre du jour par lequel les mineurs s’engagent à continuer la grève jusqu’à complète satisfaction ; engagent les citoyens Selle, Basly, Lamendin, Bouvert, enfin tous les députés de la corporation et socialistes, à défendre avec énergie leurs intérêts ainsi que les revendications étudiées dans leurs congrès, en approuvant ses décisions, a été volé à l’unanimité. 
La sortie s’est effectuée sans incident, sous la protection de trois gendarmes et au chant de l'« Internationale ». 

DANS LE BASSIN D’ANZIN 

LA SITUATION 


Comme avant-hier, les statistiques ont chômé, elles aussi, hier : et la Compagnie d’Anzin aurait fait savoir solennellement qu’elle fermait ses portes. Elle se contente de réclamer, sans trêve, des troupes pour garder ses fosses, que les grévistes pourraient, paraît-il, escamoter. 
Les dépêches de la nuit, de lundi à mardi n’annoncent aucun incident et à certains endroits où l'on avait cru nécessaire d’envoyer de nouvelles troupes, il semble qu’on ait eu conscience que les craintes de trouble étaient vraiment exagérées, car on a rappelé les renforts. 
Ainsi a-t-on fait à Quiévrechain et à Onnaing, où on avait concentré deux pelotons de cuirassiers et une section d'infanterie. Les réunions ont eu lieu, comme d'ordinaire, très enthousiastes partout en faveur de la grève, et les grévistes ne se départent point de leur attitude calme et de leur discipline. 

HARMONIE CAPITALISTE 
La presse de « l’ordre ». — Un gendarme par la fenêtre. — Le mot pour rire 


Il serait suggestif de relever les mensonges, les insinuations, les calomnies habiles, des journaux capitalistes, qui, dans une touchante unanimité, transforment le mouvement gréviste en un « chambardement » général, et les mineurs en autant de criminels. 
Le moindre incident, vu à travers le prisme de leurs préventions et de leurs haines, devient une bagarre sanglante, un véritable carnage. 
On avait fait sauter un pont à Quiévrechain... on avait assailli un chef de carreau à Escaupont... on avait tué un gendarme à la fosse Lagrange... deux jaunes à Abscon. On, c'est-à-dire les grévistes. Or, de tous ces faits, un seul avait quelque fondement : un gendarme était blessé à Escaupont et voici comment : 
En poursuivant un gréviste, il avait — sans aucun droit — pénétré à sa suite dans une maison. Le gréviste, agile, passe par la fenêtre et disparaît, tandis que le gendarme, lourdaud, veut suivre le même chemin, et s'étale sur le sol, se faisant quelques contusions. La chanson, chez nos confrères, se termine toujours par le même refrain : l'ordre n’est pas assuré, on manque d’énergie... Et leur emboîtant le pas, on voit défiler, à la sous-préfecture, des tas de braves gens dont la frousse se traduit par une demande d'alguazils, pour la protection de leur personne et de leurs propriétés, nullement menacées. Voyons, messieurs, un peu de franchise ! les « mesures d’ordre » que vous réclamez si âprement, est-ce une fusillade ? Parce que les grévistes auront décidé de faire une sortie, parce que, serrés autour du drapeau syndical, ils auront voulu user de leur droit ,en manifestant légalement ; parce que, à un potion insolent et provocateur comme celui qui lundi après-midi, à Lourches, insultait le cortège, un coup de poing a répondu, il faudrait sabrer, emprisonner, faire des fosses et des corons autant de forteresses, d’où les mitrailleuses feraient à leur tour « merveille » ! 
A côté de ces rêves sanguinaires parfois, la note donnée par la presse antigréviste, est d’un comique réel : Lisez ce fragment d’interview pris à un mineur (?) de Somain : 
« — Eh ! bien, et les camarades ne veulent donc plus travailler ? 
— Eh non, me répondit il, nous ne savons pas pourquoi ; eux-mêmes ignorent la raison de ce chômage. 
— Mais que veulent-ils donc ?  
Et le bras se lève dans un geste qui complète le verbe de blâme. »  
Voilà, n’est-ce pas, qui est simple, et qui donne aussi une haute idée de la clientèle à laquelle on s'adresse. Mais tout de même, nous ne savions pas le « Progrès » si « patronal » et lire à côté de cela les déclarations du Congrès radical, rappelant les revendications ouvrières et s’y associant contre les Compagnies, c’est vraiment d’une incommensurable ironie. 
Mais la feuille reptilienne des cagots de Valenciennes ne saurait être dépassée en niaiserie ; après avoir publié la statistique officielle des descentes, elle constate que : 
« Les meneurs de la grève dans le bassin d’Anzin sont affolés par l’énergique résistance des jaunes. Ne pouvant parvenir à leur faire quitter le travail, ils ont recours aux pires violences et aux menaces les plus farouches. » 
Je crois qu’on peut tirer l’échelle ! 

Les Ukases préfectoraux 
LES PROTESTATIONS 


L'application des fameux arrêtés de salut public promulgués par le podestat de la préfecture de Lille, n’est pas sans soulever des protestations. 
Ce sont des mesures vexatoires, et que rien ne justifiait : c’est une preuve de crainte et de défiance injurieuse à l'égard des grévistes et des municipalités et dont l'effet ira, plutôt à l’encontre de ce qu’on en attendait. A Denain, dimanche, le commissaire de police se disposait à user fort maladroitement de rigueur, et si des troubles s'étaient produits, il aurait eu sa part très large de responsabilité. 
Fort heureusement, des réflexions lui vinrent qui modifièrent sa tactique, et l’on se borna à des contraventions, dont la légalité n'est pas complètement démontrée. 
A la Sentinelle, le Conseil municipal a adressé au préfet la protestation suivante : « Le Conseil municipal de la Sentinelle, réuni en séance le 12 octobre courant, sur la proposition du maire M. Linard, proteste avec indignation contre la mesure prise par le gouvernement concernant l’arrêté de fermeture des cabarets, mesure qui va causer un grand préjudice au commerce local. » De nombreux consens municipaux vont protester de leur côté.