Guesnain

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jeudi 12 février 2015

CE N'EST PAS D'HIER QUE LE TRAM DE DOUAI FAIT FRÉMIR. EN 1955, ON ENLEVAIT LES RAILS... AMBIANCE

En 1955, les habitants de Douai à Aniche pestaient déjà contre les travaux sur la route nationale 43 : route élargie, macadamisée et rails du tram enlevés, les tranchées étaient déjà d’actualité.




Quand le tramway reliant Douai à Aniche a été démonté, en 1955, Guy Dargelly avait huit ans. Aujourd’hui, ce retraité passionné qui fait partie de la société d’histoire locale d’Aniche, passe tout son temps dans les bibliothèques, médiathèques et photothèques. 




Au cours de ses recherches, il découvre, le jeu de mots est facile, une mine d’informations dans le journal Douai Mines édité par le groupe de Douai des Houillères du Nord-Pas-de-Calais, explique-t-il en sortant une pile de journaux. Il a été édité sur 20 ans, de fin 49 à fin 68 : il y a eu 224 numéros. » 
Le journaliste, qui n’a pas signé, la décrit en ces mots : « La Nationale 43, entre Douai et Aniche, intéresse tout le groupe de Douai. Cette route de Douai à Aniche (…), c'est à la fois l'épine dorsale et l'artère aorte du Groupe. L'itinéraire est court : 13 petits kilomètres ; il est banal : des corons, des villages, peu de champs ; il est usuel, courant, fréquenté ; il est - ou plutôt était - même folklorique, car ses pavés le rendaient bien de chez nous. » 

Nous sommes alors en 1955, et Douai Mines est distribué gratuitement aux mineurs, dans 20 000 foyers du Douaisis. Etat civil, travail du mineur, remises de médailles ou départ en retraite, ce journal raconte le quotidien des mineurs. Et en ce mois de novembre 1955, Douai Mines est à l’avant-garde et aborde un sujet qui fait toujours autant râler aujourd’hui : les travaux de la route reliant Douai à Aniche et le tram. « Il parle des travaux qui consistent à enlever les rails du tramway, explique Guy Dargelly, un sourire au coin des lèvres. Et les gens en ont un peu marre ! » C’est le moins qu’on puisse dire : le ton du journaliste est excédé et s’envole dans l’ironie.


« On sait qu'entre Douai et Aniche et vice-versa, nous sommes entrés dans l'ère des voyages surprise. (...) Les plaisanteries les courtes étant les meilleures, tout le monde peste, peu ou prou. Mais ce n'est pas une plaisanterie. Usagers ! On vous la rendra votre Nationale 43 ! On vous la rendra élargie, rectifiée, macadamisée, et même avec un joli petit pont au-dessus du passage à niveau de Sin-le-Noble. On nous la rendra c'est certain. Quand ? C'est là dessus que les avis sont partagés - et hélas les prévisions dépassées. On avait dit au 10 octobre et aux alentours du 10 novembre, on disait au 10 décembre en étant certain d'avance que ça n'est pas vrai. »
« Fini le souvenir du tram sur le côté de la route »
Visiblement, les travaux ont pris du retard. « Il y a un os dans le planning » comme le dit le journaliste. Le but de l’opération : recouvrir les pavés de macadam, élargir la route de 6 mètres à 9,50 mètres, pour pouvoir doubler facilement, ce qui effraie les Douaisiens. « Et déjà les timorés tremblent : on verra des fous faire de la vitesse, des malchanceux s'accrocher, des fous malchanceux se réduire en bouillie, peut-on lire dans l’article. Espérons que l'on n'en verra pas tant que ça. En tout cas, on - c'est-à-dire les piétons le verra de plus près, car les trottoirs ont été grignotés tantôt à droite, tantôt à gauche et tantôt des deux côtés. Fini, le souvenir du tramway sur le côté de la route. Finie aussi la grande surface du marché de Lewarde. »
« Piqueter des tranchées et des trottoirs »
Il y a 60 ans, nos ancêtres ont donc défait ce que nous sommes en train de refaire. Le tracé du tram d’aujourd’hui reprend exactement celui d’hier A l’époque pourtant, les rails du tramway, jugé obsolète, laissent place à une route lisse pour « l’affluence toujours grandissante de camions, touristes, scooters et mobylettes, sans compter les motos, cyclomoteurs ni les trucks transporteurs de l'entreprise Camus. »
« Costume d’autoroute »

Mais en attendant que tout ce petit monde puisse rouler sans encombre, ce sont des mois de galère pour les habitants. Et le journaliste d'expliquer que les automobilistes désertent la RN 43, lui préférant des cheminements plus calmes. Et on les comprend.  On a commencé, pourrait-on dire, partout à la fois : sage précaution car un travail « en bout » risquait de durer jusqu'à la fin des temps. Cinq entreprises sont à l'oeuvre. On les a vu démarrer rapidement ; faire des levés, piqueter des tranchées et des trottoirs, ouvrir des fouilles pour poser des drainages puis reboucher les trous. » Tout cela pour que la Route Nationale 43 fasse « une grande toilette » et enfile son « costume d’autoroute » . 

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite...

lundi 9 février 2015

ÉMILE CAUDRELIER DE GUESNAIN A DISPUTÉ LE TOUR DE FRANCE 1913. LA VIE SPORTIVE EN REND COMPTE DANS SON ÉDITION DU 5 JUILLET 191

LA VIE SPORTIVE DU 5 JUILLET 1913 TITRAIT SUR LES NORDISTES DANS LE TOUR DE FRANCE

EN PAGE 7, L'ARTICLE COMPLET :

ET D'ABORD, LES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA COURSE RETRANSCRITES CI-DESSOUS :



Le Tour de France 

par Paul BARNOLL 

Les trois premières étapes de la formidable randonnée à bicyclette que constitue le Tour de France sont courues. Les étrangers se sont taillés un succès appréciable. Mais il ne faudrait pas pour cela supposer que les nôtres soient hors de course. En considérant le nombre respectable de kilomètres restant à courir, les étapes , particulièrement dures qui attendent les chemineaux à partir de Bayonne, on doit logiquement admettre que beaucoup ont sagement agi en adoptant la course d'attente.
Les primes offertes par les « maisons » doivent être, à n'en pas douter plus alléchantes que les allocations réservées par les organisateurs à chaque étape et il est à présumer que les grands ténors ne se sont pas embarqués sans avoir le bon contrat en poche. Le classement se faisait cette année par addition des temps, il ne faudra guère  s'attendre à voir le peloton de tête lutter farouchement à l'emballage. Il y a trop de risque à courir dans la bagarre. Est-ce que vous pensez un seul instant que, comme pour l’arrivée à Cherbourg, les Lapize, Faber, Georget avaient intérêt à lutter à l’emballage, alors que le même temps était compté pour les 16 premiers, et que le règlement de la course, diminuait de moitié les prix de l'étape, pour ensuite partager cette moitié en seize parts. Risquer un accrochage général pour la somme de 29 francs par tête ? Au prix où sont les médicaments, le jeu n'en vaut pas la chandelle.
Qui veut voyager loin ménage, sa monture. Aussi, je crois que le XI è Tour de France ne deviendra intéressant, qu'à partir des Pyrénées. Attendons. Lorsque nous en serons aux Tourmalet et aux Galibier, nous verrons ce qu’il restera des arrivées en peloton et des 30 minutes qui séparent actuellement, dans le classement général le premier du vingtième.
Ces arrivées en peloton sont du reste inévitables avec le règlement qui autorise les coureurs d'une même marque à faire le jeu et à entraîner le favori de l’équipe.
Il est assez facile à comprendre qu'un homme, forcé d'abandonner le peloton de tête à la suite d'un incident quelconque ait quelque difficulté à recoller ensuite lorsqu'il est livré à ses propres ressources. D'autant que ledit peloton, en se menant le train à tour de rôle a vite fait d’augmenter la distance qui le sépare du retardataire malgré lui. Que quelques camarades d'écurie viennent au secours de ce dernier, et les chances de rattraper le retard diminuent.
Lors de la première étape, ce rôle du jeu d’équipe semblait avoir échappé totalement aux coureurs d’Alcyon. C’est ce qui permit à Lapize, victime d'une crevaison de rejoindre les leaders une première fois, et ce n'est que 15 kilomètres avant l'arrivée, alors que Tatave était pour la seconde fois obligé de s’arrêter, qu'ils se décidèrent à forcer l'allure.
Pendant l’étape le Havre - Cherbourg, il y eut plus d'entente entre les différents groupements et il en résulta une arrivée en peloton compact qui fit bénéficier la caisse de l’U.V.F. d’une somme de 475 fr. 
Pour une fois, les belges ne « goûtaient avec cette plaisanterie »

Grâce à un service d’ordre plus énergique que nombreux, la foule fut maintenue tant bien que mal au départ de la Place de la Concorde où devait s’effectuer la formation du cortège qui faillit gagner le Parc des Princes où Desmarets devait faire l'appel des concurrents. À 2 h.55, les groupés précédant les Isolés, le peloton s'ébranla dans la direction de Saint-Cloud à 10 à l'heure au milieu d'une imposante haie de curieux Çe n’est qu’au pont que le signal du « lâchez tout » fut commandé. Les mains se crispèrent, sur le guidon et la meute démarra dans un nuage de poussière, attaquant, le premier des 5387 kilomètres: - 
À Clermont (79 km de Paris), 70 d'entre eux passent ensemble. À Montdidier (114 km), de 6 h. 40 à 7 h. 41,110 sont signalés. À Abbeville (194 km), ils ne sont plus que 40 dans le groupe de tête. A Dieppe (259 km ), leur 'nombre est réduit à 29 ; à Fécamp, à 16 ; et enfin, à l'arrivée, 7 hommes emballent au milieu de la, foule. 
L'italien Micheletto est légèrement détaché, Buysse, Masselis et Lauwers suivent à un pneu, et les autres sont tellement en paquet qu'il ne faut pas songer à établir un classement.
Les leaders ont mis 14 h; 9 mn 47s. pour courir les 398 kilomètres de cette première étape.
La seconde étape est particulièrement  monotone. 100 partants. À Caudebec, (49 km du Havre), 50 coureurs passent en tête. À Rouen (85 km), un peloton de 15 hommes en précède un autre de 10 à une minute d'intervalle, parmi lesquels se trouve Duboc qui reçoit de ses compatriotes une formidable ovation. À Deauville (170 km), le groupe de tète a repris toute son ampleur et c'est 40 coureurs qui apparaissent. À Caen (218 km), rien de changé. À Arromanche (255 km), ils sont 42. À Isigny (299 km), 2 ont disparu, et enfin, à Cherbourg, 16 hommes emballent prudemment. Masselis est premier, Petit-Breton deuxième et Delhaye troisième.
Les 13 autres sont : Buysse, Pélissier, Lapize, Garrigou, E. Georget, Lauwers,  Mottiat, Rossius, Meurger,  Masson, Christophe, Faber et Léturgie. Tous comptent le même temps, soit 12 h 20 mn 6 s. 
Micheletto, le vainqueur de la première étape, crève à deux kilomètres de l'arrivée, alors qu’il était dans le peloton de tête et termina dix-neuvième. 
Sur les 140 concurrents ayant pris le départ, un bon nombre sont actuellement hors de course : Crupelandt, Passerieu, Niedergang, Ménager, Micheletto, Brocco, Lapize, Cruchon et 38 isolés. Le déchet est assez coquet, et nous ne sommes qu'au début. 
Le classement général des 25 premiers, après les trois premières 'étapes : Paris - Le Havre (388 km ; Le Havre - Cherbourg (364 km), et Cherbourg - Brest (405 km), au total : 1.157 km, s’établit comme suit : 

1. Odile Delhaye (Belge), en 40 h 28’ 35"; 
2. Buysse, en 40h. 28mn 42 s
3. Rpssins, en 40 h. 33’ 32''
4. Christophe en 40h. 33mn 33s 
5. Pélissier, en 40 H 41mn 23 s
5. Emile Georget, en 40 h 41 mn 23 s
6. Coomans en 40 h  48mn 26 s ;,
7. Claeyssen en 40 h. 50 mn 41 s
8. Mottiat en 40 h 51 mn 25 s
9. Garrigou en 40 h 51 mn 27 s
10. Petit-Breton en 40 h 53 mn 56 s
11. Masson, en 40h 57 mn 21 s
12. Lauwers en 41 h 26 mn 18 s
13. Devroye, en 41 h. 27’ 20" ; 
14. Lambot, en 41 h. 51’ 50" ; 
15. Bertarelli, en 42 h. 07’ 38" ; 
10. Masselis, en 42 h. 13’ 35" ; 
17. Scieur, en 42 h. 31’ 29" ; 
18. Rohm, en 42h. 48’ 35" ; 
19. Salmon, en 42 h. 58’ 31 ; 
20. Spiessens, en 42 h. 58’ 39" ; 
21. Deloffre, en 43 h. 22’ ; 
22. Hosten, en 43 h. 26’ 35" ; 
23. Vandenberghe, en 43 h. 29’ 42" ; 
24. Vandenberghe, en 43 h. 42’ 29"-; 
25. Emile Engel, en 43 h. 49’ 06"

Classement général des isolés : 
1. Bertarelli ; 
2. Bolnn ; 
3. Deloffre ; 
4. Vanderberghe ; 
5. Neffati ; 
6. Everaerts ; 
7. Gabba ; 
8. Leliaerts ; 
9. Oudin ; 
10. Petitjean
Paul BARNOLL. 


 ET MAINTENANT, CE QUE FONT LES NORDISTES : 


Ce que font les nordistes
 par Arthur CAPART

Quand paraîtront ces lignes, trois étapes auront été courues sur les quinze que compte le Tour de France et le départ de la quatrième étape sera donné. 
Les coureurs auront déjà franchi, en trois jours, l'invraisemblable distance de 1.157 kilomètres et il leur restera encore à parcourir 4230 kilomètres. 

Un petit rien à la portée de toutes les jambes !
Nos voisins les belges et les coureurs de la région du Nord sont représentés par d’excellentes unités. Dans les 52 engagés de la catégorie des coureurs groupés nous avons noté 4 nordistes : Crunelandt, Léturgie et Niedergang (Roubaix); Doms (Forest) et 20 belges dont Deman (Reckem),  Defraye (Rumbecke), Masselis (Moorslede) et Vandaele (Mouscron).
Parmi les 109 coureurs isolés, il y a onze nordistes : Timmerman: et Delplace (Lille), Caudrelier (Guesnain), d'Hulst et Colsaet (Wattrelos), de Smet (Leers.), Deloffre (Le Cateau), Verbeken (Croix) ; Samyn (Armentières), Sales (Forest). et quelques belges, dont Plateau, Vandenberghe et Dupont.
Tous ces coureurs se sont présentés en excellente forme à l'exception, on le sait de Crupelandt. 
Malgré cette mise en infériorité, Crupelandt s'est comporté de façon magistrale et surprenante malgré des crevaisons dans chaque étape et une chute très douloureuse pour lui, déjà blessé, et provoquée par un chien.
Si le chien est-parfois l'ami de l’homme, il n'est pas souvent celui du coureur cycliste. 
Un moment, nous avions pensé que des soins énergiques et rapides lui permettraient de prendre le départ dans Cherbourg - Brest, mais cette fois il dut s'avouer vaincu par la malchance et s’incliner devant la douleur.
« La Vie Sportive » souhaite à Crupelandt un prompt et complet rétablissement, elle lui souhaite pour bientôt les brillants succès auxquels son courage et sa valeur lui donnent droit. 
Niedergang qui avait superbement marché dans la première étape, donnant même à des équipes adverses des conseils pour tirer avantage d’incidents de course, s'est lamentablement effondré dans Le Havre-Cherbourg. 
Il a bien essayé de prendre le départ de la troisième, mais il s'est arrêté aussitôt vaincu, paraît-il par des crises cardiaques. 
Doms, qui souffrait fortement du genou, signe au départ de la troisième étape, mais il abandonne bientôt. 
Léturgie s'est bien comporté dans la deuxième: étape, mais dans la troisième, il semble être disparu de la lutte. 
Defraye semble le plus régulier et le meilleur des belges, il est jusqu'à présent en tête du classement général et semble vouloir renouveler son exploit de l'an dernier. 
Mottiat semble vouloir confirmer de brillantes qualités et Masselis après avoir été en tête du classement général, rétrograde à la suite de la troisième étape, pendant laquelle il a fait une chute grave. 
Deman et d’Hulst hier souffraient des yeux. Dans la troisième étape, ils ont réussi quand même à se classer 31è et 37è. 
Ménager, Plateau, Verdickt, Delplace et Timmerman ont abandonné. Ces deux derniers coureurs ainsi que Dupont et quatorze autres isolés avaient été pénalisés dans la première étape parce qu’ils avaient omis  de se faire chronométrer avant de signer la feuille de contrôle à l'arrivée. 
Colsaet, Vandaele et De Smet, marchent régulièrement. S’ils continuent à maintenir leur moyenne, ils verront bientôt leur place s'améliorer dans  le classement général.
Ménager qui a été fortement blessé à Avranches durant la troisième étape, abandonne la lutte. 
Micheletto, qui avait fait un début remarquable est, lui aussi, hors de course. Mais le fait le plus important après la troisième étape, c'est le retrait du team La Française. 
Voilà certes un gros attrait, de moins pour le Tour de France et tous les sportsmen déplorent le départ forcé de Georget, qui se mettait en forme et s'étonneront de voir Lapize, une fois de plus, déserter la lutte.
Quelles surprises va encore nous réserver ce Tour de France plus émotionnant que jamais.
Arthur CAPART. 

samedi 7 février 2015

OCTOBRE 1889, LA GRÈVE DES "MINEURS" S'ÉTEND DANS LE NORD-PAS-DE-CALAIS, MAIS PEINE À GAGNER LES FOSSES DE SIN, DECHY, GUESNAIN ET ANICHE


UN PUISSANT MOUVEMENT DE GRÈVE GAGNE PROGRESSIVEMENT TOUT LE NORD-PAS-DE-CALAIS AVEC ICI ET LÀ, COMME À GUESNAIN ET DECHY LA DIFFICULTÉ DE MOBILISER À CAUSE DES PATROUILLES DE LA GENDARMERIE ET DES MILITAIRES QUI QUADRILLENT LES CORONS ET EMPÊCHENT TOUT MOUVEMENT DES GRÉVISTES AUPRÈS DES FOSSES ENCORE EN ACTIVITÉ

LE QUOTIDIEN PARISIEN "LA LANTERNE" EN FAIT SA "UNE" (COLONNE DE DROITE)



LES GRÈVES DU NORD 



LA GRÈVE S'ÉTEND DANS LE NORD

Légère amélioration dans le Pas-de- Calais. — Aggravation dans le Nord. — Réunions diverses. — Intervention de la force armée. 

(De notre correspondant particulier.) 
Dorignies, 23 octobre. — Dans une réunion qui a eu lieu hier soir ici, M. Jouvenot a rendu compte de l'entrevue de M Brun, directeur de la Compagnie de l'Escarpelle. La continuation de la grève a été décidée à l'unanimité. L'assemblée a décidé que l'on partirait en groupes sur Sin-le-Noble, Dechy, Guesnain, Lewarde, Aniche, Denain, Anzin, Abscon. 
À la sortie de la réunion, les mineurs ont été dispersés par la gendarmerie et L’artillerie, mais ils se sont reformés en un groupe compact qui, drapeau en tête, après avoir circulé dans Dorignies en recrutant des camarades, se sont dirigés sur Waziers. La route leur a été barrée par la troupe au pont du fort de la Scarpe. Une arrestation y a été opérée. Ils se sont rendus par petits groupes à la réunion qui devait avoir lieu à Waziers. La grève a été également proclamée. 
Il a été décidé que deux groupes se formeraient pour aller détourner les mineurs du travail dans le reste de la concession d'Aniche, Denain et Anzin. 


Dans le Pas de Calais 

(De notre correspondant particulier) 
Arras, 23 octobre, 9 h. soir. — L'amélioration signalée hier s'accentue sensiblement dans les charbonnages du Pas-de-Calais. 
À la Compagnie de Bruay. le chômage est complet. Dans les autres concessions, la reprise du travail est complète ou partielle. 
À Nœux, le travail continue. A Marles, quelques grévistes ont inutilement essayé d'empêcher la descente des mineurs. 
On est à peu près certain que l'effervescence qui règne à Bruay sera calmée d’ici peu et que le travail sera repris. 
Le chiffre des grévistes dans le Pas-de-Calais est descendu de 15.000 à 7.000. En 
revanche, le nombre augmente dans le département du Nord. 


Le bassin d'Aniche 

(De notre correspondant particulier.) 
Lille, 23 octobre. — La grève s'étend dans le bassin d'Aniche. Un renfort d'un escadron de cavalerie a été envoyé pour assurer le maintien de l'ordre dans les bassins de l'Escarpelle et d'Aniche. 
Ce matin, 50 grévistes se sont portés sur les postes d'Abscon appartenant à la 
concession d'Anzin. Ils ont été dispersés par la gendarmerie. 
La descente dans le bassin d'Anzin s'est opérée au complet. L'ordre n'a pas, jusqu'à présent, été troublé. 


Aggravation dans le Nord. 

(De notre correspondant particulier) 
Arras, 23 octobre, 10 h. soir. — Bruay, seul charbonnage restant en grève dans le Pas de-Calais, travaillera demain.
Aucune amélioration dans le bassin du Nord. À Dorignies, quinze ouvriers seulement sont descendus dans les fosses où le travail était arrêté. 

À la fosse Soyez, à Dorignies, 40 sur 80 sont descendus : À cette fosse, les ouvriers de jour travaillent tous ; les enfants seuls font grève. 

Dans le bassin d'Aniche à Waziers, la grève s'accentue, contrairement aux prévisions, la nuit a été bonne ; les tentatives des grévistes sur les fosses de Sin, Dechy, Guesnain et Aniche ont avorté. 
Tous les points étaient gardés par de forts détachements d'artillerie et d'infanterie. Les mineurs se sont contentés de faire de la propagande dans les corons. Tout le pays est sillonné de patrouilles pour disperser les bandes, partout règne un calme complet. 
L'enterrement civil du mineur Fontaine qui s'est noyé a eu lieu aujourd'hui. Dans une réunion, à Dorignies, le citoyen Jouveneau dit que les ouvriers auraient pu éviter ce déplorable accident, s'ils avaient, comme il le conseillait, marché par petits groupes. 
L’assemblée a décidé d'en tenir une nouvelle, demain à neuf heures et d'aller ensuite sur le territoire du Pas-de-Calais en tenir une autre. 
On se sépare après des exhortations au calme. 
Les autorités militaires chercheront à empêcher les grévistes de Dorignies de venir sur le territoire du Pas-de-Calais. 

(De notre correspondant particulier) 

Blanc-Misseron, 23 octobre. — Des bruits alarmants circulent. On craint que la grève éclate demain à Anzin. 

mardi 3 février 2015

L'ÉPREUVE CYCLISTE PARIS-ROUBAIX EST NÉE EN 1893. EN 1913, "LA VIE SPORTIVE" LUI CONSACRAIT SA "UNE" ET EN RETRAÇAIT L'HISTOIRE, CETTE ANNÉE LA, ÉMILE CAUDRELIER DE GUESNAIN ÉTAIT AU AU DÉPART






ÉMILE CAUDRELIER ÉTAIT BIEN DANS LA LISTE DES ENGAGÉS SOUS LE NUMÉRO 132 AU PARIS ROUBAIX DE 1913 COMME ON PEUT LE VOIR DANS L'AGRANDISSEMENT DE LA PAGE CI-DESSOUS




PARIS-ROUBAIX 


Paris-Roubaix ! Ces deux mots sonnent dans notre région comme une joyeuse fanfare à l'annonce de chaque printemps et marquent le retour des passionnantes émotions sportives de la saison cycliste. Que de souvenirs n'évoquent-ils pas ! Que de luttes, que d'efforts, que de gloire ne rappellent-ils pas à la mémoire de tous les sportsmen ! Et chaque année, à l'approche de Pâques là perspective des impressions si diverses que procurent les multiples péripéties de la grande course nous étreint tous. Paris-Roubaix est maintenant, on peut l'affirmer, inhérente aux habitudes, aux moeurs des populations du Nord, de la France, l’imposante manifestation a le don de passionner les sportsmen et d'intéresser même les profanes. Dans quelques heures tous revivront, les mêmes émotions que chaque année ; Le départ si pittoresque avec ses milliers de spectateurs, les uns acharnés et curieux, les autres flegmatiques. Les parents, amis des concurrents leur font les dernières recommandations. Les opérations du contrôle sont terminées, les coureurs se rangent à l'appel de leur numéro, jetant un dernier coup d’oeil sur leur frêle machine qui les conduira peut-être à la victoire. Voici l'habituel » Attention, Messieurs » du starter,  le coup de revolver et l'envolée de tous ces courageux avides d'acclamations et de gloire. Sur la roule, dans les campagnes comme dans les villes, c'est la même foule nombreuse et sympathique qui se presse et acclame ses favoris. Plus l'on approche de l'arrivée et plus l’enthousiasme s’accentue pour atteindre son paroxysme au vélodrome. Là, 15.000 spectateurs venus tôt pour s’assurer une bonne place, discutent, commentent les passages aux contrôles dont le télégraphe a transmis les nouvelles. Chacun suppute les chances de son favori et cela fait paraître moins longue celle attente fiévreuse de la foule, qui, tout, à l'heure, acclamera le glorieux routier dont le nom s'inscrira à la suite de ceux déjà célèbres de ses prédécesseurs. Enfin, voici l'arrivée et les applaudissements toujours renouvelés du public en délire. Tours d’honneur, bouquets, félicitations et le rideau tombe sur cette belle journée : la saison cycliste est ouverte. 
J. I. 


ON LIRA CI-APRÈS LA RÉTROSPECTIVE DU PARIS ROUBAIX DEPUIS SES ORIGINES EN 1893 JUSQU'EN 1913 PARUE DANS "LA VIE SPORTIVE DU 22 MARS 1913 (EN PAGE 3)

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Paris-Roubaix rétrospectif 


Il faut remonter à 1893 pour retrouver l'origine de Paris-Roubaix. Une Société roubaisienne, le « Sport Vélocipédique Roubaisien » eut l'idée de l'organiser. Mais ses démarches de 1895 et 1891 n'aboutiront pas. En 1896) les sportsmen bien connus, MM. Vienne et Pérez qui venaient de faire 

construire la piste de Barbieux réussiront à mettre l'épreuve sur pied avec notre défunt confrère «le Vélo». Depuis, les différents administrateurs de la piste roubaisienne reprirent chaque année l’initiative. Depuis 1901, c'est notre confrère l’Auto qui en assure l'organisation matérielle. Avec sa 
distance réduite, son parcours peu accidenté, elle constitue l'épreuve type d'ouverture de saison. De fondation, elle se court le jour de Pâques. Il y eut même la seconde année un incident assez curieux. Une série avait été réservée aux amateurs de la région du Nord. Le départ étant donné à 5 heures et pour qu'ils ne fussent pas obligés de se priver de messe ce jour pascal, un vicaire de Neuilly consentit à dire exceptionnellement une messe à 4 heures dans la chapelle privée du duc d’Orléans sur la roule de la Révolte. 
L’entraînement se fit d'abord en 1896 et 1897 par machines  multiples et bicyclettes. En 1898, 1899, 1900, l’entraînement automobile fut admis. Puis en 1901, les bicyclettes furent seules acceptées. A partir de 1908, on ne toléra les entraîneurs que jusque Beauvais et depuis 1910, ils sont totalement supprimés. Celle année, l'épreuve a lieu sur machines poinçonnées. 


1896 


Le succès sourit tout de suite à l'idée des organisateurs puisque 100 concurrents s'inscrivent et 54 d'entre eux s'alignent sous les ordres du Starter à la Porte Maillot. 

Parmi les parlants, il convient de citer Henri Desgranges, aujourd'hui, directeur-rédacteur en chef de l'Auto, organisateur de l’épreuve. Jusque  Amiens, Linton tient la tête. À Doullens. l'allemand Fischer prend le commandement suivi de Garin. Linton faiblit peu à peu. À Seclin, Meyer, bien revenu, passe Garin et l'arrivée se fait dans l'ordre Fischer, Moyer, Maurice Garin. 


1897 


Amateurs et professionnels se sont inscrits au nombre de 97. 58 d'entre eux prennent le départ à la Porte Maillot. Parmi eux, nos régionaux Charlier, Garin, Théo, Callens, Télés, etc. 

À Amiens, Cordang mène le train à Frédérick, Rivière et Garin. À Doullens, Cordang et Frédérick ont pris 25 minutes d'avance à Garin. Mais sur les pavés, ce dernier comble son retard et débouche premier sur la piste au milieu des acclamations enthousiastes de ses concitoyens. Cordang le suit à un tour de piste et Frédérick est troisième. Trousselier se classe premier des amateurs. 


1898 


Le contrôle de départ est transporté à Chatou : 80 partants dont 32 cyclistes  et 57 motocyclistes s'élancent au signal du Starter. Garin renouvelle son exploit de 1897. A Seclin, il passe avec Stéphane et parvient à s'assurer 29 minutes d'avance à l'arrivée. Wattelier se classe troisième, 



1899 


52 partants seulement à Chatou. Les favoris Fischer, Garin, Bouhours  se voient handicapés par des accidents de voiture et abandonnent. Les régionaux Bor et Ambroise Garin prennent les places d'honneur : 

1er Champion : 2è Bor , 3è Ambroise Garin. 


1900 


Le départ est à nouveau transporté à Saint-Germain. 48 concurrents prennent le départ. Parmi eux, 19 professionnels et 29 motocyclistes. Bouhours enlève l'épreuve établissant le record de la course, record encore imbattu aujourd'hui. Les régionaux Garin, Lepoutre, Istweire se classent en excellent rang : 

1er Bouhours en 7 h. 10' ; 2è J. Fischer ; 3è Garin ; 4è Lepoutre ; 5è Istweire


1901 


30 professionnels et 21 amateurs s'alignent à la Porte Maillot. Lesna prend la tête et mène toute la course . Il arrive premier au Vélodrome. L'amateur Chaperon prend la seconde place. Ambroise Garin se classe troisième, 



1902 


Le départ se donne désormais à Chatou et y sera donné à chacune des épreuves suivantes. 55 concurrents se disputent la palme. Lesna livre un duel terrible à Wattelier et triomphe de peu. 



1905


Même nombre de parlants qu'en 1902. Une lutte émouvante se livre entre Aucouturier, Chapperon, Trousselier, Wattelier. À deux kilomètres de l'arrivée, ils sont encore roue dans roue. Ils arrivent, sur la piste avec des intervalles très réduits. Aucouturier triomphe battant de peu Chapperon et Trousselier.



1904


64 partants. Le plus jeune des Garin, César, se révèle celle année par sa belle course. À Arras, il a deux minutes de retard sur Aucouturier qui passe premier. À Ascq, César a comblé son retard et c'est ensemble que les deux valeureux champions, se présentent à Barbieux à 1 h 1/2 de l'après-midi. Le vélodrome est encore fermé et, faute de public, les vainqueurs sont privés des acclamations enthousiastes qui récompensent les efforts. Aucouturier bat Garin à l'emballage. On juge de la déconvenue des spectateurs qui n'arrivent qu'une heure après. 



1905


Trousselier, dans, une forme splendide, sème les 102 concurrents sur le parcours et arrive seul à Roubaix. Il établit le meilleur temps de l’épreuve derrière entraîneurs à bicyclettes. Pottier et Cornet prennent respectivement les 2è et 3è place. ; 



1906


50  concurrents luttent sur la route par un terrible vent debout. Cornet et Marcel Cadolle parviennent à lâcher le lot, suivis à quelques minutes par Trousselier, Pottier Aucouturier, César Garin: Cornet inscrit son nom sur le palmarès glorieux de l'épreuve. 



1907


Cette année marque la révélation du populaire belge Vanhouvaert. Complètement inconnu, le brave Cyr n'avait pu convaincre aucune maison de sa valeur. Aussi c'est sans soins et presque sans entraîneurs qu'il fait toute la course qu'il faillit gagner sans une malencontreuse chute à 
Arras. 
1er Passerieu ; 2° Vanhouwaert ; 3è Trousselier. 


1908 


90 partants. Les routes couvertes de neige sont dures aux malheureux concurrents. 

Les entraîneurs ne sont admis que jusque Beauvais. À Arras, peloton des favoris, Petit-Breton, Passerieu, Georget, Pottier,Trousselier, Aucouturier, Vanhouwaert, Garrigou, Faber. Ce dernier profite d'un moment d’inattention du groupe pour filer. À Douai, il a trois minutes d'avance. Vanhouwaert lui donne la chasse en compagnie de Garrigou. A 100 mètres du vélodrome, Faber, toujours en tête, fait une chute qui lui coûte la course. 
1er Vanhouwaert ; 2° Lorgeon : 3è Faber. 


1909 


Cette année marque la première grande victoire de notre champion national Lapize, passé professionnel depuis peu. A Beauvais,. un peloton composé de Pottier, Cornet, Vanhouwaert, Lapize mène la course. À 10 km de l'arrivée, Vanhouwaert crève. Trousselier qui l'a rejoint, se voit battu de 10 cm à l'emballage par Lapize. 

1er Lapize ; 2e Trousselier ; 5° Masselis. 


1910 

La course se fait pour la première fois sans entraîneurs. Aussi le peloton de tête se compose-t-il encore de 50 coureurs à Amiens et est réduit à 5 à l'arrivée. 
1er Lapize ; 2è Vanhouwaert ; 3è Christophe. 


1911 

178 engagés. A Arras, les hommes de tête se comptent encore 10. Lapize, Vanhouwaert et Charpiot lâchent le lot, puis sur une crevaison de Vanhouwaert à Ascq, Lapize se sauve et gagne. 
1er Lapize ; 2è Charpiot ; 3è Vanhouwaert. 


1912 

Tous ont encore à la mémoire les émotions de la bataille que se livrèrent l'an dernier nos meilleurs Champions. 120 au départ, ils se présentent 43 en tête à Amiens, 21 A Arras. Notre champion régional Crupelandt arrive au vélodrome accompagné de Garrigou. Ils n'ont pas encore terminé leur premier tour de piste que Léturgie et Lapize arrivent à leur tour suivis à 100 m. de Defraye. Une peloton se forme que Lapize emmène à un train d'enfer durant les cinq derniers tours. Crupelandt à l’emballage se débarrasse de Garrigou, tandis que Léturgie se classe troisième. 

Jean ISORE. 

samedi 31 janvier 2015

LA GRÈVE DES MINEURS DE 1893 VUE PAR "LA LANTERNE" JOURNAL PARISIEN OÙ LA VILLE DE GUESNAIN EST CITÉE POUR DES DÉLITS D'ENTRAVE À LA LIBERTÉ DU TRAVAIL ET 20 ARRESTATIONS DE MINEURS POUR CE MOTIF

NOUS REPRODUISONS CI-DESSOUS LE FAC SIMILÉ DE L'ARTICLE COMPLET INSÉRÉ EN PREMIÈRE PAGE , COLONNE DE DROITE, ET POURSUIVI EN 2È PAGE COLONNE DE GAUCHE. PUIS SA TRANSCRIPTION FIDÈLE AVEC L'ENTREFILET SURLIGNÉ EN JAUNE À PROPOS DE L'ARRESTATION DES 20 MINEURS À GUESNAIN :






LA GREVE DES MINEURS AU PAYS NOIR 

Quarante-cinq mille mineurs. — L'esprit des troupes. - « Y-a-d'quoi crever ». — Inondation des fosses. — Une réunion de femmes. — Les condamnés. — En Belgique. (De notre envoyé spécial) 

Lens, 22 septembre. Celui qui, dans l'ignorance des événements, après avoir parcouru le département du Pas-de-Calais, apprendrait tout à coup que 45000 mineurs y sont en grève depuis huit jours ne pourrait manquer de croire à une mauvaise plaisanterie. Tout est calme ici ; tout est morne : Lens, Liévin, les corons qui avoisinent les fosses, semblent dépourvus d'habitants. Les mineurs, les grévistes, obéissent aux ordres de leur syndicat, aux conseils de Basly, de Lamendicat, et d'Evrard, restent chez eux. consacrant à leurs familles le loisir que leur crée la grève. Seule, la présence inusitée des soldats et des officiers, dont la ville est peuplée, révèle que des événements extraordinaires se passent dans le pays. 

Soldats et ouvriers 

A propos des soldats, je vous ai télégraphié hier que la population de Lens était très mécontente des nombreux envois de troupes faits par le gouvernement. Les habitants sont, en effet, très favorables aux grévistes dont ils appuient ouvertement les revendications ; ils savent beaucoup de gré aux mineurs de leur attitude calme, de la modération et de la sagesse avec lesquelles ils font valoir leurs réclamations. 
Je dois dire aussi, pour être juste, que les officiers et les soldats ne semblent pas très fiers de la mission qu'on leur a confiée. 
Hier, sur la place de la République, où sont campés les détachements du 110è, pendant que les soldats faisaient leur cuisine en plein air, j'ai entendu ce dialogue typique entre un ouvrier, - peut-être un mineur, - et un groupe de fantassins. 
— Qui qu'on v's a m né fé ici? disait l'un, en patoisant. 
— Si tu crois que c'est pour notre plaisir que nous sommes venus,.. répondait un troupier. 
— C'est-y donc qu'v's'allez nous tirer dessus ? 
— As pas peur, va, ma vieille, répartit un soldat, c'était bon autrefois ; à présent, pas de danger : Ouvriers et soldats, nous sommes tous frères. 
En attendant, les pauvres troupiers passent les nuits à parcourir les routes sous le prétexte de protéger les ouvriers qui voudraient reprendre le travail. Peine perdue, du reste, promenades inutiles, car pas un gréviste ne manifeste l'intention de retourner à la mine. La grève est si complète, si générale, dans le bassin du Pas-de-Calais, que les grévistes ont presque partout cessé leurs patrouilles tant ils sont sûrs que personne ne trahira. 

Ronde de nuit 

Cette nuit, vers deux heures, je suis allé, en compagnie de Basly, faire une ronde aux environs de Lens. A Poix, sauf une patrouille de dragons et quelques mineurs qui sont venus nous regarder sous le nez et nous reconnaître, nous n'avons rien vu d'intéressant, rien qui mérite d'être 
signalé. 
Ce matin je suis allé visiter quelques corons des environs. J'ai parcouru ceux des Compagnies de Courrières et de Liévin. C'est dans ces derniers qu’habitent, m’avait-on dit, les mineurs les plus exaltés, les militants, des fortes têtes. J'ai pénétré dans quelques intérieurs, tenus fort proprement, et j’ai causé avec plusieurs de ces grévistes qu'on m’avait fait si terribles, si capables de se porter aux plus détestables excès. Je me suis trouvé en présence de braves gens, calmes, pondérés, simplement décidés à persister, jusqu'à la misère, dans leurs réclamations. 

Faut que ça craque 


- Si c'est qu'on les laisserait fè, m'a dit un gréviste en me parlant des Compagnies, elles nous auraient vite avalés. Voyez-vous, ça peut pas durer comme ça. Faut qu'ça craque! » 
— Tenez, mi qui vous cause, reprit un second, j'ai n'une femme et cinq enfants, eh bin : j'gaigne 3 fr. 60. Y a-t-i point d’quoi crever ! » 
Un autre me raconte qu'autrefois à lui seul, il gagnait à la mine un salaire égal à ceux réunis de deux ouvriers d'aujourd'hui. 
En somme, on peut dire que partout les grévistes tiendront bon. Les femmes même les encouragent à persister : 
- Nous aut', m'a dit l'une d'elles, nous s'n'occupons point d'ça ; c'est point notr affé ; mais quand même, les hommes font bin d'être en grève ! » 

Entrevue de Basly et Baudin 


Ce qui ne contribue pas peu à donner du courage aux grévistes, c'est la certitude où ils sont à présent, que les approvisionnements des Compagnies sont très faibles. Tout à l'heure on annonçait que les fours à coke de Dourges étaient éteints, faute de charbon, Basly m'expliquait en riant dans sa barbe, que l'inondation gagne rapidement la fosse de Meurchin et que l'ingénieur a dû venir d'Arras afin de faire réquisitionner le personnel nécessaire pour l'épuisement. 
A propos de Basly, je puis vous annoncer qu'il doit avoir avec Baudin une entrevue, à Arras, aujourd'hui ou demain, afin de s'entendre avec lui en cas de grève générale de tous les mineurs de France. 

Les conférences 


De nombreuses conférences ont lieu aujourd'hui sur tous les points du bassin houiller. Une réunion très importante a eu lieu ce matin, à onze heures, à Billy-Montigny, à laquelle étaient convoqués tous les mineurs de la Compagnie de Courrières. 
Environ deux mille grévistes y assistaient. Evrard, le secrétaire du syndicat, a exposé le programme des revendications. secondaires. 

À Anzin 

Il est certain qu'à présent tous les efforts des grévistes vont se porter dans le Nord, et plus spécialement à Anzin. Ils espèrent que la distribution du manifeste portera ses fruits et que lundi la grève éclatera dans ce bassin. 
Lamendin est parti aujourd'hui pour Dourches. 

A Denain 

Déjà une certaine effervescence règne à Denain qui est le principal centre houiller de la concession d’Anzin. On pense que la grève éclatera d'ici peu. 

La réunion de Fenain 


Lille, 22 septembre. — Une réunion a eu lieu ce soir à Fenain. Cinq cents personnes y assistaient, dont les trois quarts étaient des mineurs de villages voisins. 
La grève a été votée à mains levées à l'unanimité par les mineurs de Fenain. 
Aucun incident. 

Influence cléricale 


Lens, 22 septembre. — Pendant la journée, l'influence de la paye s'est fait un peu sentir. Tout à l'heure, deux délégués, mécontents de n'avoir pas été désignés comme arbitres, faisaient, - les chopes de bière aidant, - des reproches assez vifs à Basly qu'ils accusaient de mollesse. 
Le député de Lens, qui ne cesse de prêcher le calme aux grévistes et qui les 
engage surtout à ne pas gaspiller leur argent dans les estaminets, a relevé vertement, dans le rude patois du pays, ses deux interlocuteurs : 
— « Criez pas tant ; c'est les chopes qui vous font bêtiser. Mi j'crie moins, mais j’agis. On verra bin les carbonniers qui tiendront le pus longtemps. » 
En réalité, ce que le syndicat semble craindre surtout, c'est que les grévistes fréquentent, par ennui, les cabarets et n'y laissent l'argent de leur paye. 
— « S'ils sont sages, me disait Basly, ils peuvent tenir la grève pendant un mois 
au moins, sans souffrir du chômage, car tous ont des ressources suffisantes. D'ici là, les Compagnies auront capitulé. » 

Une conférence à laquelle assistaient environ 1,800 grévistes, a eu lieu à Nœux. 
C'est Albert Goullé qui l'a faite. Il a parlé de la situation des paysans et des mineurs dans la société actuelle. Aucun incident ne s'y est produit.. Du reste, les réunions publiques de ce pays sont bien différentes de celles qu'on organise à Paris. Ici, on écoute et on est sage. 
Comme je vous l'ai dit, j'ai parcouru ce matin les fosses des environs. J'y ai constaté que la population des mineurs subissait une pression cléricale inouïe. 
A Nœux, par exemple, l'agent général de la Compagnie reçoit le dimanche, après la messe, les femmes des mineurs et distribue des pièces de 1 fr. à toutes celles qui y ont assisté. 
On m'a nommé des porions qui, quoique n'ayant jamais manié un outil de mineur, ont obtenu leurs emplois à force de fréquenter les offices et de visiter les curés. 

Nouveaux envois de troupes 


Cinquante gendarmes étrangers au département du Nord sont arrivés à Douai 
pour renforcer les escouades de gendarmerie, afin de permettre que partout les patrouilles de cavalerie soient toujours précédées de gendarmes. 
Des deux escadrons de cuirassiers arrivés hier à Douai venant de Lens, l'un a été dirigé sur Fenain et l'autre sur Marchiennes. 

Choix des délégués 


La commission désignée dans le dernier Congrès s'est réunie ce soir, à deux heures, à Lens sous la présidence de M. Basly, député, pour choisir des délégués qui seraient chargés de soutenir leurs intérêts vis-à-vis des représentants des Compagnies minières dûment autorisés. 
Ont été désignés : MM. Beugnet, des mines de Béthune ; Delcourt, des mines de Lens, Paris, des mines de Dourges ; Cadot, des mines de Bruay ; Poiret, des mines de Marles, Cordier, des mines de Carvin, Evrard, secrétaire adjoint; Lamendin, secrétaire général, et Basly, président du 
syndicat des mineurs du Pas-de-Calais. 
Avant de se séparer, la commission a voté l'ordre du jour suivant : 
Désireux d'user de tous les moyens de conciliation propres à faire aboutir les revendications des houilleurs, nous attendons que des propositions soient faites par les Compagnies. » 

Les mécaniciens et les chauffeurs des mines de Meurchin ont été également requis par le maire pour reprendre le travail, afin d'épuiser les eaux des fosses menacées d'inondation. Ils ont refusé énergiquement d'obtempérer à cette réquisition. 

Une circulaire 

Lille, 22 septembre. — M. Louis Dambre, directeur-gérant de la Compagnie de Douchy, a fait distribuer aux ouvriers une circulaire dans laquelle il les engage à désister aux excitations des grévistes. 

Demande de mise en liberté 

Le délégué Morel, de Monchicourt, est allé trouver M. Dubois, député de Douai, pour le prier de faire une démarche auprès du préfet afin d'obtenir la mise en liberté d'Eugène Damiens, arrêté pour faits de grève. 
M. Dubois s'est rendu ce matin à la préfecture. 

Les réunions 


Dans une réunion tenue hier à Douchy, salle Lebecq, les orateurs ont engagé les mineurs à continuer la grève avec persévérance pour obtenir gain de cause dans leurs revendications. 
Le sous-préfet de Valenciennes est venu hier à Douchy. 
Hier soir à Lourches, 200 femmes se sont réunies à la salle Delaarde. Après la nomination de Mme Loriane à la présidence, le citoyen Prévost a pris la parole et a engagé les assistantes à conseiller à leur maris et à leurs frères de persévérer dans leurs revendications. 
Parlant ensuite des non-grévistes, le citoyen Prévost a dit : « Ne les molestez 
pas, car leurs gendarmes vous guettent ; mais vous les jugerez comme ils le méritent. » 
Après avoir recommandé lé calme à la sortie, la réunion s'est terminée sans incident. 
On pense que la grève éclatera probablement lundi à Anzin. Des conciliabules se sont tenus dans ce but. 

Arrestations et condamnations 


Douai, 22 septembre. Ce matin, vingt arrestations ont été opérées à Guesnain, pour entraves à la liberté du travail. 
D'autre part, le tribunal correctionnel de Douai vient de prononcer les condamnations suivantes : 
Monier, vingt ans, mineur à Dorignies, accusé d'avoir empêché le travail, à quinze jours de prison; Edouard Duez, vingt-sept ans, mineur à Somain, accusé d'avoir traité de menteur un gendarme, trois jours de prison, ayant déjà subi deux jours de prévention ; Emile Mercier, quarante-quatre ans, mineur à Somain, accusé d'avoir outragé le colonel du 19e chasseurs, de l’avoir traité de fainéant et d'avoir ajouté : « Tu te sens de force aujourd'hui, mais demain tu auras de mes nouvelles »: deux mois de prison ; Jean-Baptiste Ucher, vingt ans, mineur à Somain, accusé d'outrage au sous-lieutenant Prévost du 19e chasseurs, quinze jours de prison ; Damien, vingt-huit ans, mineur à Monchicourt, accusé d’entrave à la liberté du travail, quinze jours de prison. 

En Belgique 

Mons, 22 septembre. — Demain, on doit afficher dans les charbonnages de Maribond et de Bascou qu'une augmentation de salaire sera allouée aux mineurs. 
Les charbonnages de Haine-Saint-Pierre ont reçu d'importantes commandes de 
charbon pour le Pas-de-Calais. 
Il n'y a jusqu'ici aucun indice de grève. 
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À L'HEURE DES TREMBLEMENTS DE TERRE À GUESNAIN, C'ÉTAIT EN 1877. LES MURS DE LA CHAPELLE S'EN SOUVIENNENT


CELA S'EST PASSÉ LE 11 MARS 1877. COMME LE RAPPORTE LE JOURNAL PARISIEN "LA LANTERNE", 
" UNE LÉGÈRE SECOUSSE A ÉTÉ RESSENTIE À DECHY-GUESNAIN, PRÈS DE DOUAI.
ELLE A DURÉ DEUX SECONDES.
LES MURS DE LA CHAPELLE SONT LÉZARDÉS.
ON NE SIGNALE AUCUN ACCIDENT DE PERSONNE."


mardi 27 janvier 2015

TOMBOLA ORGANISÉE EN MARGE DE L'EXPOSITION SUR LA VIE DANS LES CORONS : LE RÉSULTAT

LES HEUREUX GAGNANTS DE LA TOMBOLA PAR CASES SONT LES SUIVANTS :
- ÉRIC GOLA
- MARYVONNE PRESSOIR
- GÉRARD CHARLET

Les lots leur ont déjà été remis depuis longtemps mais nous tenions à remercier tous ceux qui par leur aide, leurs dons ou prêts de documents ont permis la réussite de cette initiative