Guesnain

Guesnain

vendredi 3 avril 2020

Grève générale des mineurs dans le Nord, un article du Réveil du Nord du 16 octobre 1902







Grève générale 
DES MINEURS 
OHE LES JAUNES ! 

Les jaunes sont en train de se manger le nez, il y a du tiraillement. 
L’ « Union Ouvrière » annonce, en effet, que :
" Le Conseil prononce les exclusions de MM. Biétry, Verleye, Jarry. 
« A l'unanimité, le Conseil s’élève contre la conduite infâme de Biétry, et manifeste hautement sa réprobation et son indignation au sujet de l’attitude de Biétry et de ses acolytes ; prie le secrétaire général de faire connaître à toutes nos organisations les décisions du Conseil prises à l’unanimité et de mettre en garde les adhérents de nos syndicats, contre les agissements et les manœuvres de nos pires ennemis, étant édifiés par les preuves matérielles et indéniables établissant le « complot » organisé par ces messieurs, sourdement, auprès de nos syndicats de province, contre notre œuvre, et ce, au profit d'ambitions personnelles. » Allons, tout va bien ; la discorde règne au camp jaune. Continuez, Messieurs. 
Nous marquerons les coups, et puis c’est drôle la galerie qui s’esbaudit fort de vous voir entre dévorer. 
A quand Lanoir ? 


Attroupements de grévistes


 On a lu la version officieuse, sinon officielle, de la bagarre de Terrenoire, près de Saint-Etienne. 
Il est une constatation qui en ressort dès maintenant : deux ouvriers ont été tués, et le gendarme qui a fait feu n’était pas en état de légitime défense. Il n’a fait aucune sommation, lancé aucun avertissement. 
C’est un crime. 
La loi de 1848 sur les attroupements est, en effet, précise sur, ce point. Les agents de l’autorité ne doivent faire usage de leurs armes qu’après trois sommations, et, s'il faut admettre, par impossible, que les cailloux qu’on lui jetait eussent pu mettre sa vie en danger, le gendarme aurait dû, tout au moins, décharger d’abord son revolver en l’air pour effrayer les « manifestants ». On ne saurait, d’ailleurs, trop rappeler les termes de cette fameuse loi sur les attroupements, qu’on invoque toujours à tort en temps de grève. L’article premier est ainsi conçu : Tout attroupement armé formé sur la voie publique est interdit. Est également interdit, sur la voie publique, tout attroupement non armé qui pourrait (??) troubler la tranquillité publique. Or, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas d attroupement ? Ils sont cent mille, les mineurs qui, hier, travaillaient au fond de la mine, et que la grève a d'un seul coup, rendus à la vie des champs. Entassés les uns sur les autres, dans des maisonnettes contiguës, construites sur le même modèle et alignées au cordeau, il leur est impossible de faire un pas dans la rue. sans se rencontrer et ils causent. Attroupement ! Que quelques gendarmes passent au moment où, victimes des mêmes abus, souffrant les mêmes douleurs, ils discutent entre eux, à leur porte, des moyens de mener à bien la défense de leurs intérêts, et, c'en est fait, voilà des homme: qui ne faisaient aucun ma!, qui ne menaçaient en aucune façon la tranquillité publique, qui jouissaient, comme tous les citoyens, du droit de se promener et de parler librement de leurs affaires, et auxquels l’ordre est cependant donné de se disperser. 
Circulez !. Circulez. ! 
Je ne sais rien de plus révoltant que celte apostrophe que les sergots lancent le plus souvent à des badauds que le hasard a massés dans quelque coin pour voir un cortège, une cavalcade, ou la binette d'un empereur : il faut que le cortège passe, que la cavalcade défile, et que les empanachés de l'escorte impériale aient l’espace suffisant pour caracoler. Mais là bas, au Pays Noir ? Où est-elle cette raison ? La rue est libre. Les champs sont vastes. La plaine s'étend à l'infini, et les ouvriers sont chez eux. 
N'importe, il faut circuler. 
Si, au lieu d’être en grève et occupés à défendre leurs intérêts, les mineurs en même nombre se réunissaient à l’occasion d’une fête quelconque, autour de baraques foraines pour voir les pitreries d’un clown, ou entendre les vagissements d’une « femme poisson » personne ne viendrait les troubler. 
Ainsi, le Circulez ! Circulez ! que font retentir brutalement à toute minute à leurs oreilles, les gendarmes, les soldats et les officiers, devient à leur adresse, une véritable et perpétuelle provocation. 

Bassin du Nord 

A part de nouveaux envois de troupes, rien de nouveau à l’Escarpelle, à Aniche, à Flines, ni à Azincourt.

L'arrivée de deux compagnies du 84 d'infanterie, et l’attente de dragons et de cuirassiers n’en sont que plus ridicules, en raison du calme imperturbable des grévistes. La compagnie d’Aniche a réussi, nous l’avons dit hier, à ramener quelques ouvriers à Guesnain et à Dechy, en leur promettant 40 % de prime, mais le nombre de ces reprises est tellement insignifiant qu’il n’attire pas même l'attention des grévistes. Toutefois, dans le but de faire croire à une importante reprise du travail, la compagnie, lorsqu'on la sollicite de fournir le nombre des descentes, accuse en bloc celui des ouvriers du fond et celui des ouvriers de l'extérieur, de façon à grossir le chiffre. En réalité, sauf à Guesnain, le chômage peut toujours être considéré comme complet dans les autres fosses. 

AU « DOUAI REPUBLICAIN » 

Nous avons flétri ici même, comme elle le méritait, l'attitude odieuse du journal « Douai-Républicain » vis-à-vis des mineurs. Cette feuille, vendue à un sous-préfet réactionnaire, et non moins dévouée aux intérêts quasi-similaires de certain capitaliste, ex-deputé et récemment décoré, cette feuille n'a pas reculé devant les insinuations les plus perfides et les plus abjectes, dans le oui (le discréditer le syndicat des mineurs du Nord et d’ébranler la confiance des syndiqués dans leur organisation. Et nous le répétons, ceux qui aujourd'hui s’attaquent de la sorte au principe d’une organisation dont ils redoutent l’extension, ceux qui éructent leur bave venimeuse sur le syndicat sont ceux-là mêmes qui, il y a moins de cinq mois, s’aplatissaient devant ses représentants à Somain, sollicitant leur appui pour déterminer l’appoint des mineurs en faveur de la candidature Cardon. Et M. Cardon, qu’on ne l’oublie pas, s’engageait à soutenir, avec Basly, Selle et Lamendin, toutes les revendications minières. 
Après cela faut-il s’étonner si, au cours d’une réunion gréviste, les mineurs ont voté un ordre du jour de flétrissure au journal qui employait contre eux des armes aussi déloyales ? Certes, notre confrère en est pour sa honte et point ne lui sert de tourner sa rancune contre Goniaux qui n’en peut mais. Ce sont tous les mineurs syndiqués qui ont ressenti l’affront fait à leurs dirigeants, et ce sont tous les mineurs syndiqués, et même bien d’autres, qui tiennent à le laver.  
En outre, dans son numéro d’hier, le « Douai-Républicain », en termes amphigouriques, nous répond qu’il ne répondra pas, mais il nous invite à ne pas prendre son silence comme un acquiescement à ce qu'il nous plaît de raconter. 
"Chaque chose viendra à son tour », conclut-il. C’est avec cette formule qu’on se tire d’affaire, lorsqu’on est embarrassé. Et c'est aussi avec cette formule qu’on peut prendre son temps pour méditer de nouveaux mensonges ou d’autres infâmies. En tout cas, n'importe. Nous attendrons, fût-ce sous l'orme. 

A SOMAIN 


Le « Réveil » d’hier faisait connaître aux lecteurs que cinq mineurs de Somain devaient comparaître, jeudi, devant le tribunal correctionnel de Douai, sous l’inculpation d’entraves à la liberté du travail. Afin d’édifier la population sur les mesures vexatoires qu’exerce la compagnie d’Aniche, je tiens à faire connaître dans quelle condition j’ai pu entendre, de la bouche d’un mineur, les actes de pression et d’intimidation (on devrait dire d’inquisition) dont se serait rendu coupable un ingénieur des mines d'Aniche. Passant mardi 8 octobre, vers six heures du soir, dans la rue Thiers, mon attention fut attirée par un groupe formé autour du jeune R.., mineur, demeurant rue du Masy, à Somain ; j’approchai et j’entendis ce qui suit : R... racontait que la veille, un ingénieur et des porions l'avaient sommé de déclarer, sous peine d’être mis à la porte, que le mineur M..., demeurant également à Somain, l’avait arrêté en se rendant à son travail. Or. M..., malade et restant chez lui, avait fait sa première sortie pour aller voir la ducasse. M... fut appelé à la gendarmerie pour enquête. Il s'y rendit accompagné du jeune R...; là, pressé de questions, ce dernier avoua qu’il avait accusé M... sous peine de renvoi, mais, qu’en réalité, il ne l’avait pas vu. Ces procédés sont indignes d’un honnête homme, c'est pourquoi je tiens à les signaler au public. 

REUNION PUBLIQUE 


Mardi, à onze heures, devant 300 auditeurs, le citoyen Goniaux est venu faire une conférence. Après avoir mis les mineurs au courant de la situation, il les engage à garder le calme qu’ils ont su montrer jusqu’à présent. Un ordre du jour par lequel les mineurs s’engagent à continuer la grève jusqu’à complète satisfaction ; engagent les citoyens Selle, Basly, Lamendin, Bouvert, enfin tous les députés de la corporation et socialistes, à défendre avec énergie leurs intérêts ainsi que les revendications étudiées dans leurs congrès, en approuvant ses décisions, a été volé à l’unanimité. 
La sortie s’est effectuée sans incident, sous la protection de trois gendarmes et au chant de l'« Internationale ». 

DANS LE BASSIN D’ANZIN 

LA SITUATION 


Comme avant-hier, les statistiques ont chômé, elles aussi, hier : et la Compagnie d’Anzin aurait fait savoir solennellement qu’elle fermait ses portes. Elle se contente de réclamer, sans trêve, des troupes pour garder ses fosses, que les grévistes pourraient, paraît-il, escamoter. 
Les dépêches de la nuit, de lundi à mardi n’annoncent aucun incident et à certains endroits où l'on avait cru nécessaire d’envoyer de nouvelles troupes, il semble qu’on ait eu conscience que les craintes de trouble étaient vraiment exagérées, car on a rappelé les renforts. 
Ainsi a-t-on fait à Quiévrechain et à Onnaing, où on avait concentré deux pelotons de cuirassiers et une section d'infanterie. Les réunions ont eu lieu, comme d'ordinaire, très enthousiastes partout en faveur de la grève, et les grévistes ne se départent point de leur attitude calme et de leur discipline. 

HARMONIE CAPITALISTE 
La presse de « l’ordre ». — Un gendarme par la fenêtre. — Le mot pour rire 


Il serait suggestif de relever les mensonges, les insinuations, les calomnies habiles, des journaux capitalistes, qui, dans une touchante unanimité, transforment le mouvement gréviste en un « chambardement » général, et les mineurs en autant de criminels. 
Le moindre incident, vu à travers le prisme de leurs préventions et de leurs haines, devient une bagarre sanglante, un véritable carnage. 
On avait fait sauter un pont à Quiévrechain... on avait assailli un chef de carreau à Escaupont... on avait tué un gendarme à la fosse Lagrange... deux jaunes à Abscon. On, c'est-à-dire les grévistes. Or, de tous ces faits, un seul avait quelque fondement : un gendarme était blessé à Escaupont et voici comment : 
En poursuivant un gréviste, il avait — sans aucun droit — pénétré à sa suite dans une maison. Le gréviste, agile, passe par la fenêtre et disparaît, tandis que le gendarme, lourdaud, veut suivre le même chemin, et s'étale sur le sol, se faisant quelques contusions. La chanson, chez nos confrères, se termine toujours par le même refrain : l'ordre n’est pas assuré, on manque d’énergie... Et leur emboîtant le pas, on voit défiler, à la sous-préfecture, des tas de braves gens dont la frousse se traduit par une demande d'alguazils, pour la protection de leur personne et de leurs propriétés, nullement menacées. Voyons, messieurs, un peu de franchise ! les « mesures d’ordre » que vous réclamez si âprement, est-ce une fusillade ? Parce que les grévistes auront décidé de faire une sortie, parce que, serrés autour du drapeau syndical, ils auront voulu user de leur droit ,en manifestant légalement ; parce que, à un potion insolent et provocateur comme celui qui lundi après-midi, à Lourches, insultait le cortège, un coup de poing a répondu, il faudrait sabrer, emprisonner, faire des fosses et des corons autant de forteresses, d’où les mitrailleuses feraient à leur tour « merveille » ! 
A côté de ces rêves sanguinaires parfois, la note donnée par la presse antigréviste, est d’un comique réel : Lisez ce fragment d’interview pris à un mineur (?) de Somain : 
« — Eh ! bien, et les camarades ne veulent donc plus travailler ? 
— Eh non, me répondit il, nous ne savons pas pourquoi ; eux-mêmes ignorent la raison de ce chômage. 
— Mais que veulent-ils donc ?  
Et le bras se lève dans un geste qui complète le verbe de blâme. »  
Voilà, n’est-ce pas, qui est simple, et qui donne aussi une haute idée de la clientèle à laquelle on s'adresse. Mais tout de même, nous ne savions pas le « Progrès » si « patronal » et lire à côté de cela les déclarations du Congrès radical, rappelant les revendications ouvrières et s’y associant contre les Compagnies, c’est vraiment d’une incommensurable ironie. 
Mais la feuille reptilienne des cagots de Valenciennes ne saurait être dépassée en niaiserie ; après avoir publié la statistique officielle des descentes, elle constate que : 
« Les meneurs de la grève dans le bassin d’Anzin sont affolés par l’énergique résistance des jaunes. Ne pouvant parvenir à leur faire quitter le travail, ils ont recours aux pires violences et aux menaces les plus farouches. » 
Je crois qu’on peut tirer l’échelle ! 

Les Ukases préfectoraux 
LES PROTESTATIONS 


L'application des fameux arrêtés de salut public promulgués par le podestat de la préfecture de Lille, n’est pas sans soulever des protestations. 
Ce sont des mesures vexatoires, et que rien ne justifiait : c’est une preuve de crainte et de défiance injurieuse à l'égard des grévistes et des municipalités et dont l'effet ira, plutôt à l’encontre de ce qu’on en attendait. A Denain, dimanche, le commissaire de police se disposait à user fort maladroitement de rigueur, et si des troubles s'étaient produits, il aurait eu sa part très large de responsabilité. 
Fort heureusement, des réflexions lui vinrent qui modifièrent sa tactique, et l’on se borna à des contraventions, dont la légalité n'est pas complètement démontrée. 
A la Sentinelle, le Conseil municipal a adressé au préfet la protestation suivante : « Le Conseil municipal de la Sentinelle, réuni en séance le 12 octobre courant, sur la proposition du maire M. Linard, proteste avec indignation contre la mesure prise par le gouvernement concernant l’arrêté de fermeture des cabarets, mesure qui va causer un grand préjudice au commerce local. » De nombreux consens municipaux vont protester de leur côté.

jeudi 2 avril 2020

grève des mineurs dans le Nord et à Guesnain, un article paru dans le Réveil du Nord du 29 octobre 1902














Bassin du Nord 

Tout reste calme et le chômage ne diminue point sensiblement dans l’arrondissement de Douai, en dépit du racolage des Compagnies. Partout, à l'EscarpelIe même où, jusqu’à présent la Compagnie avait à peine donné signe de vie, partout des agents parcourent les corons, s’adressent à chaque porte et déclarent aux ouvriers qu'il n’y a plus de raison à présent pour continuer la grève, la question devant être tranchée par le gouvernement. Mais les mineurs ne s'y laissent point prendre, comprenant trop bien que le seul moyen de tirer bénéfice de leur chômage déjà long, c’est de le prolonger quelques jours encore ,c’est-à-dire pendant la durée des négociations. 

A WAZIERS 

Lundi matin, environ huit cents grévistes, dont un certain nombre venus du Pas-de-Calais, se sont donné rendez-vous devant la fosse Gayant, à Waziers, pour dissuader quelques irrésolus de reprendre le travail. On conviendra que puisqu’on laisse, depuis quelques jours, les porions racoler les ouvriers dans les corons, par intimidation, il n’est que juste de permettre aux grévistes de se masser devant les fosses pour essayer de contrebalancer, dans la mesure de leur possible, l’influence des agents des compagnies et de rappeler leurs camarades au sentiment de leur propre dignité. Le spectacle d'hier matin a prouvé une fois de plus qu'il n’est point besoin de recourir à la violence, ni aux injures pour arriver à ce résultat. Il a suffi que les grévistes fussent rassemblés en nombre imposant pour qu’aussitôt les quelques mineurs qui se disposaient à descendre vinssent se mêler à eux. Il n’y a eu, en tout et pour tout, qu’une dizaine de descentes. Et pas le moindre incident regrettable ne s’est produit. 

A GUESNAIN 

Vers six heures du matin, heure de la descente, deux-cents grévistes se trouvaient aux abords de la fosse Saint-René. Sans doute craignait-on à la direction, quelque chambardement, car toutes les troupes, artilleurs venus de Douai, cuirassiers cantonnés à Dechy et à Sin, plus un certain nombre de gendarmes. avaient été concentrées, pendant la nuit, à la fosse de Guesnain. En sorte qu’il y avait plus de soldats et de gendarmes que de manifestants, si toutefois les grévistes pouvaient mériter ce titre. Cette fois, d'ailleurs, la route nationale était barrée, de chaque côté de la fosse, sur une distance de cent mètres, par la troupe, en sorte que nul ne pouvait en approcher. Bien plus, le passage à niveau de la route qui descend dans le village et même aux « Corons sans-Beurre » était gardé par un détachement d'artilleurs dont la consigne était de ne laisser passer aucun gréviste muni de canne et de bâton. Il paraît que cet accessoire est spécialement réservé aux porions, car ces derniers, notamment le sieur Maroquin, enfreignaient à chaque instant la consigne, leurs énormes triques à la main. 

CHEFS ET SOLDATS 


Le croirait-on, c'est des grévistes qu’il s’agit, et nullement de la troupe. Voici l'histoire : Vers sept heures du matin, le citoyen Ch.-Louis Quintin causait avec le citoyen Watrin, cabaretier, ex-délégué mineur, sur le seuil de son estaminet, situé près de la fosse Saint-René, lorsque le porion Maroquin, passant devant eux et croisant un groupe de soldats, cria à ces derniers : « Allez, vos chefs sont bien dignes de soldats comme vous ! » Les mineurs, très calmes, répliquèrent qu’ils n’avaient point de chefs ; sur quoi, Maroquin leur désigna les citoyens Watrin et Quintin en disant : « Tenez, les voilà vos chefs ! » Inutile d'ajouter que le digne homme en fut pour ses frais de provocation. Tout le monde se contenta de lui rire au nez. Décidément, M. Maroquin fraternise tellement avec l'armée depuis quelque temps, qu’il voit des chefs et des soldats partout. Que deviendra-t-il après la grève ? Il est capable de reprendre du service, si tant est qu'il en ait jamais pris, 


A COURCELLES 

Il paraît que le délégué mineur Pantignv, de la fosse de Courcelles-lez-Lens, proteste auprès d’un de nos confrères, au sujet de quelques lignes le concernant parues dans le Réveil du Nord, dès le début de la grève à l'EscarpelIe, il y a de cela cinq semaines. Vraiment il a fallu du temps à ce domestique de la direction pour méditer sa réponse. Cela tient sans doute à ce qu'il ne lit jamais le Réveil et qu’on a dû lui mettre, mais un peu tard l’article sous les yeux. 

A SOMAIN 
CONFERENCE RASSEL 

Dimanche a eu lieu, au salon Leduc-Corseau, à sept heures du soir, la réunion annoncée. Plus de 600 auditeurs, hommes et femmes sont présents. Pendant une heure, le citoyen Rassel fait comprendre aux assistants que, puisqu'il existe deux classes distinctes, les ouvriers ne pourront être affranchis tant qu'ils seront gouvernés par des bourgeois, à quelque parti qu’ils appartiennent. Il engage tous les mineurs à adhérer au syndicat et à persévérer dans le calme et le sang-froid qu'ils se sont imposés jusqu'à présent. Les citoyens Gahide et Debeaussart prennent ensuite la parole, puis le président met aux voix un ordre du jour acclamant la grève qui est adopté à l'unanimité. La sortie s'est ensuite effectuée dans le plus grand calme et une collecte faite au profit des grévistes a produit 3 fr. 60 qui ont été remis aux intéressés.


Réunions et Conférences 
Dans le Nord 
MARDI 28 OCTOBRE 

A DECHY. à 5 heures du soir. Orateurs : GONIAUX, DEFONTAINE et Maurice MONIER. 
A MONCHECOURT. salle Baudin, à 6 heures 1/2 Orateur : Maurice MONIER. 
A LOURCHES, à 6 heures. Orateur : GONIAUX. 

MERCREDI 28 OCTOBRE 


A SOMAIN, à 6 heures 1/2. Orateur : Maurice MONIER. 
A BRUAY, salon Podevin, à 5 heures du soir. Orateur : MENU. 

JEUDI 30 OCTOBRE 

A HERGNIES. salon Leclerc, à 6 heures du soir. Orateur : TABARY. 
A ANICHE, A sept heures du soir. Orateur : Maurice MONIER. 

Honorine Maryssael, bientôt centenaire à Guesnain, un article paru dans le Réveil du Nord du 11 août 1943











BIENTOT CENTENAIRE
Mme Honorine MARYSSAEL, DE GUESNAIN fait encore da la couture et se flatte de n'avoir jamais été malade


Le 26 avril prochain, Mme Honorine Maryssaël, née Boutelier, qui demeure actuellement à Guesnain aura 100 ans 
La bonne vieille est née à Dunkerque où elle se maria le 12 décembre 1868 avec Edouard Maréchal, tisserand, qui était, lui, originaire de la bonne ville de Bruges.
Trois garçons vinrent successivement égayer ce foyer. En 1897,deux d’entre eux, Charles et Alfred, aujourd’hui âgés de 68 et 66 ans vinrent travailler à Guesnain où ils montèrent la ligne du tramway électrique.
Monsieur et Madame Maréchal les suivirent et c’est dans ces conditions qu’ils vinrent se fixer dans le Douaisis où ils devaient rester de nombreuses aux années.
 Au cours de l’autre guerre, le vieux ménage évacua dans le midi ou Madame Maryssaël eut la douleur de perdre le compagnon de son existence qui mourut à Bayonne en 1918.
En 1933, elle retournait à Dunkerque où elle séjourna de nouveau ; après les événements de 1940, elle se réfugia chez sa petite fille et son petit gendre. Madame est Monsieur Vannuiwembourg, chef du dépôt de tramways à Guesnain où elle se trouve encore.
Madame Maryssaël a 23 petits-enfants et un arrière-petit-enfant. Comblée de soins, l’aimable nonagénaire, qui a encore toute sa lucidité d’esprit, aime faire une petite promenade et un bout de causette. Elle ne porte de lunettes que pour coudre et a un bon appétit. Ayant toujours joui d’une parfaite santé, elle se chagrine bien un peu de ne plus entendre aussi bien mais le moral est à 100 % !


mardi 31 mars 2020

Grève des mineurs dans le Bassin du Nord et à Guesnain, une réunion publique de Goniaux et Quintin, un article paru dans le Réveil du Nord du 21 avril 1906 BASSlN DU NORD 
 A Dorignies. — Réunion de femmes. — En route pour Douai. — Laisser-passer d'une délégation. — Réception par la Municipalité. — Secours aux grévistes. 







BASSlN DU NORD




A Dorignies. — Réunion de femmes. — En route pour Douai. — Laisser-passer d'une délégation. — Réception par la Municipalité. — Secours aux grévistes. 


Vendredi à dix heures et demie salle Ricart près de trois cents femmes se trouvaient réunies et décidaient d'un commun accord do se rendre à la mairie de Douai et de solliciter la distribution des soupes populaires à Dorignies comme cela se fait à Denain, Liévin et Lens. Toutes se mirent en route, mais, elles avaient compté sans la police qui apporta l’ordre de les disperser, en disant néanmoins qu’une délégation serait reçue par la municipalité. Le citoyen Quintin choisit dans le nombre dix mères de famille et accompagnées des citoyens Dupriez, Peckre et Fassiaux,  tous se rendirent à l'Hôtel de Ville de Douai où les attendaient MM. Bertin, maire, Hanotte et Dumont, adjoints. La délégation fut introduite aussitôt dans le bureau de M. le maire. Elle est présentée par le citoyen Quintin qui expose le but de cette démarche : organisation des distributions des soupes populaires où par tout autre moyen, secours aux familles des grévistes. Quintin fait remarquer que les mineurs de Dorignies ont toujours fait preuve de beaucoup de calme et de modération et qu’aucun incident ne fut signalé. Cette attitude milite en leur faveur et il espère que la municipalité leur en saura gré. M. Bertin, maire, déclare qu’il ferait droit dans la mesure du possible à la demande de la délégation. Une commission syndicale à laquelle sera adjoint le brigadier des gardes Ledoux, relèvera les noms des familles de grévistes ayant au moins deux enfants. Le maire espère que la Compagnie de l'Escarpelle suivra la ligne de conduite de la Compagnie de Marles et donnera l'exemple aux Compagnies voisines. La décision de la municipalité sera portée à la connaissance de la commission du bureau de bienfaisance qui statuera sur le nombre de distributions de pain à faire par semaine.
Sur cette déclaration, une citoyenne répond que ce n'est pas avec du pain sec qu’on peut faire de bons soldats pour la France. M. Bertin tient à faire observer qu'à Dorignies il faut avoir six enfants pour être assisté par le bureau de bienfaisance. Il s’attire la réponse de Dupriez que les commerçants de Dorignies contribuent pour une large part aux recettes de la ville. Sur ces mots la délégation se retire, après avoir remercié la municipalité de son bon accueil et de la décision qu’elle a prise en faveur des familles des mineurs grévistes. 
La délégation a regagné Dorignies où le citoyen Quintin a donné connaissance à plusieurs centaines de femmes du résultat de l’entrevue 

Conférences Goniaux 

Hier, à midi le citoyen Goniaux a fait une conférence à Sin-le-Noble sous la présidence du citoyen Bertiaux. Près de huit cents mineurs y assistaient. 
A deux heures et demie, le dévoué secrétaire du syndicat des mineurs du Nord faisait une seconde conférence à Guesnain sous la présidence du citoyen Héreng. Près de mille mineurs et cent cinquante femmes y assistaient, un grand nombre de mineurs n’avaient pu prendre place dans la salle, la priorité ayant été accordée aux mineurs de Guesnain et de Dechy. A cinq heures, le citoyen Goniaux, toujours sur la brèche, faisait sa troisième conférence à Flines-lez-Râches . Un grand nombre de mineurs y assistaient. 

A GUESNAIN 

La plus importante réunion fut celle de Guesnain. Le bureau est composé de trois membres du syndicat jaune qui sont nommés à mains levées. Ces nominations sont saluées par des bravos et des rires. A noter que le secrétaire de séance fut candidat indépendant comme délégué mineur aux dernières élections. Le président remercie l’assemblée de l'honneur qui lui est fait et donne la parole au citoyen Goniaux. Le dévoué secrétaire du Syndicat des mineurs du Nord remercie la délégation des ouvriers de Guesnain qui est venue le solliciter à Sin de venir faire une réunion, à Guesnain ; il se réjouit de la discipline des syndiqués de Guesnain, qui malgré la pression la plus éhontée font cause commune pour faire aboutir les revendications de la corporation. Goniaux rend compte de l’entrevue de Paris avec les représentants des Cies et de la déception qu'ont éprouvée les délégués ayant eu connaissance de la fin de non-recevoir des Compagnies 
Il examine très longuement la question des salaires de base, le salaire moyen des ouvriers de La Cie d’Aniche était avant la grève de 6 fr. 01 d’après M. Lemay, directeur de la Compagnie. Cette compagnie offrait 10 % d augmentation mais ne voulut point signer se contentant de donner sa parole d'honneur. Or, d'après les rapports de la Compagnie le solaire de base à Aniche serait, d’après la convention de 1891, de 4 fr. 01. Le salaire serait avec les augmentations consenties de 5 fr. 62. Il faut donc annuler la convention d’Arras de 1891 et établir un nouveau salaire de base. Très clairement le citoyen Goniaux montre l'utilité et la nécessité du double carnet de paie. 
Il examine ensuite la situation actuelle et montre les avantages accordés par la Cie de Marles à ses ouvriers et il espère que les autres Compagnies suivront cet exemple. Une triple salve d'applaudissements souligne cette déclaration. 
II termine en engageant les mineurs de Guesnain à s'inscrire au Syndicat professionnel, mais non au Syndicat politique de Dombray-Schmidt, subventionné par les moines, les évêques, les Cies et les pires ennemis de la République. 
De nombreuses et chaleureuses acclamations sont poussées par les assistants et de nombreux cris de : Vive Goniaux ! se font entendre. 
Le citoyen Quintin engage les ouvriers de Guesnain à ne point laisser pratiquer le racolage et à déposer une plainte contre les porions et autres employés de la Cie qui se livreraient à cette malhonnête besogne et les engage à organiser les patrouilles. L’ordre du jour suivant est ensuite volé à l’unanimité des mineurs de Guesnain, seuls appelés à voter. 
"Les ouvriers de Guesnain, réunis au nombre de 300. approuvent les déclarations des citoyens Goniaux et Quintin, déclarent faire cause commune avec les camarades qui les entourent, se séparent aux cris de : A bas le syndicat jaune ! Vive le syndicat rouge ! Vive la grève jusqu'à complète satisfaction. 
La sortie a lieu sans incidents ; quatre escadrons de cavalerie stationnent sur le carreau de la fosse prêts à charger au moindre signal, pendant que tous les cavaliers disponibles du 27e d'artillerie, sons les ordres du commandant Morel, passent au trot se rendant dans le bassin d’Anzin. 

La situation 

Calme complet dans tout le bassin du Nord 

Le chômage est toujours complet dans les concessions de l’Escarpelle, de Flines et d'Azincourt. Dans la concession, à la fosse Saint-René, il y a eu 40 descentes. De nombreux grévistes, à la sortie de la réunion, allèrent faire une démonstration toute pacifique devant la fosse Saint-René. Ils avaient repris la route de Dorignies, quand ils apprirent qu’il y avait des descentes. Ils firent demi-tour afin d'empêcher la sortie des rouffions de la fosse. Sur le carreau, plusieurs escadrons de hussards, dragons, cuirassiers attendaient des ordres. Le commissaire spécial Favre, de la sous-préfecture de Douai, fut appelé et arriva en toute hâte. Le citoyen Quintin invita les grévistes à retourner à Dorignies leur faisant entrevoir le danger qu’ils couraient. Un certain nombre suivit ce conseil, les autres attendaient toujours la sortie des rouffions. Le service d’ordre fit établir un barrage, derrière lequel filèrent comme des lapins les faux-frères qui regagnèrent leur domicile. 
Dès que M. Favre eut annoncé cette nouvelle aux grévistes, ceux-ci manifestèrent en chantant et en adressant quelques quolibets aux rouffions, puis ils reprirent la route de Dorignies. Tout est calme dans le bassin.


lundi 30 mars 2020

Quintin, secrétaire du syndicat des mineurs de Guesnain, dénoncé par M. Lemay, ingénieur des Mines d'Aniche







Un dernier mot au "Progrès" 

Le « Progrès » prétend que nous avons esquivé sa question. On ne nous a donc pas lu ? Que nous demandait-il ? De nous prononcer sur la dénonciation calomnieuse de M. Lemay, ingénieur-gérant des mines d’Aniche, contre les « chefs " du Syndicat de Dorignies et le probe et dévoué secrétaire de ce syndicat, le citoyen Quintin. Un socialiste conscient est incapable de se porter aux actes dénoncés par M. Lemay. Or, Quintin est socialiste. C’en était assez pour que nous le défendissions contre M. Lemay et contre le « Progrès ». D’ailleurs, cette affaire de Guesnain a fait l’objet d’une enquête du parquet et elle a été appelée, vendredi, devant le tribunal correctionnel de Douai. Cinq Individus, dont une femme, étaient poursuivis : les sieurs Leclercq Jules, Leclercq Dieudonné, Bouton Louis, Jovenet Antoine et la femme Tilment. Le nom de Quintin ne figure pas, on le voit, parmi les inculpés qui ne sont pas eux-mêmes des chefs du Syndicat, ni même des syndiqués. A moins de rendre le parquet complice des actes déplorables prêtés à Quintin et aux  "chefs » du Syndicat de Dorignies, le « Progrès » est forcé d’avouer que nous avions raison de ne pas épouser les querelles de M. Lemay qu’il a reprises à son compte, espérant bien nous embarrasser. Voici donc le point essentiel du débat liquidé — et non pas à l’avantage de la thèse adoptée par le « Progrès » ! Quant aux conséquences politiques de la polémique engagée par notre confrère radical sur une « futilité », — nous le répétons. — et portée au diapason que l’on sait, nous ne les redoutons aucunement pour nos amis ; mais il pourrait arriver un jour que les électeurs ouvriers ne finissent par se lasser de servir un parti où ils trouvent plus souvent des hypercritiques que des défenseurs, — et ce jour-là, le « Bloc » aurait vécu. G. S.-E.

La Grève générale des mineurs dans le Nord, La fosse Saint-René, "citadelle imprenable" sous l'emprise de Maroquin














DANS LE NORD Enfin, voilà de la troupe. — La fosse de Guesnain cernée par les cuirassiers. — Le chômage aux mines d’Aniche. — Mesures révoltantes de la Compagnie. 



Dans I’Escarpelle, rien de nouveau. Comme toujours le chômage est général et les grévistes gardent leur calme absolu. Hier a eu lieu la remise des carnets du salaires pour la quinzaine écoulée. Les grévistes ont, en effet, de cinq à sept jours de présence à la mine, avant la déclaration de grève. Signalons, à ce sujet, un procédé d’autant plus odieux de la part de la Compagnie, qu'il n’a pas toujours été en vigueur. En effet, on retient aux ouvriers, sur le maigre salaire de leurs quelques journées de travail, le prix des outils abîmés ou perdus. En sorte que certains n'auront à toucher aujourd'hui que quelques sous. Il est vrai que les Compagnies escomptent la détresse de l’ouvrier pour l'amener à soumission, c’est-à-dire à reprendre le travail Cette tactique est élémentaire, et l'on ne saurait réclamer plus de grandeur d'âme au féroce capitalisme. 

AUX MINES D ANICHE 

Dans la commune d'Aniche, trois fosses peuvent être considérées comme entièrement acquises au mouvement. Ce sont celles de Notre-Dame, Gayant-Bernicourt et Dechy. Celte dernière où, samedi l'on comptait encore la moitié des descentes, a été abandonnée lundi par la presque totalité des inscrits, soit 512 grévistes, ce qui, avec les 600 des deux autres fosses donne un total de 1100 grévistes. 

A LA FOSSE DE GUESNAIN 

Reste la fosse de Guesnain, la citadelle réputée imprenable de la concession d’Aniche. Il est de fait qu’elle est défendue par tous les moyens possibles, légaux et surtout illégaux. Néanmoins, samedi matin, on y comptait une centaine de manquants. Dieu, ou plutôt le Diable, sait pourtant à quelles scandaleuses extrémités se sont portés les larbins de la direction, à commencer par le fameux Maroquin, qui, accompagné de ses quatre gendarmes, allait réclamer jusqu'à domicile, les ouvriers qui se disposaient à faire grève. Ces manœuvres n’ont point empêché le mouvement de s'accentuer dans des proportions significatives.
Il n'y a pas à s'y méprendre, la fosse de Guesnain est désormais affranchie du joug patronal. Tous les maroquins du monde n'y feront rien. A preuve que lundi matin, en dépit, — peut-être à cause, qui sait, — du ridicule déploiement de troupes inauguré aux abords de la fosse et sur lequel nous allons revenir, le nombre des grévistes a plus que doublé. Il y avait plus de deux cents manquants hier matin, c’est-à-dire la moitié des inscrits, et cela sans la moindre pression de la part des autres grévistes. 

L’APPEL AUX SOLDATS 

Comme nous l’avons signalé hier, la direction des mines d'Aniche réclamait des troupes à cors et à cris, sûre de la complaisance pour ne pas dire de la complicité de M. le sous-préfet de Douai. Nous osions encore espérer hier matin que l’attitude de ce piètre agent serait surveillée en plus haut lieu et qu’on examinerait sérieusement ses rapports et requêtes avant d'y donner quelque suite. Il faut croire qu’on a eu quelque distraction en haut lieu, comme nous le disions, car M. Allard est arrivé à ses fins. Nous ferons remarquer en passant que cette distraction doit être également cause que la légitime réclamation, télégraphiquement adressée par Goniaux au préfet du Nord, concernant l’entrave apportée par les agents des Compagnies avec l'aide des gendarmes, à la liberté du droit de grève, est demeurée sans réponse. Nous l’attendons impatiemment, cependant. 
Le sous-préfet de Douai est donc arrivé à ses fins, disions-nous. 
En effet, la nuit dernière deux escadrons du 4e cuirassiers sont arrivés de Cambrai pour occuper militairement les communes de Dechy, Guesnain et Lewarde. 
Naturellement, personne ne s'attendait à cette invasion de troupes. 
Aussi lorsque, dans la soirée, les escadrons, en quête d’un logement, arrivèrent à Sin-le-Noble, et qu’un officier s’adressa à M. Wilmot, maire de la commune, pour lui demander où s'abriter, celui-ci dut s'enquérir de par qui le détachement était appelé sur son territoire. On lui répondit que c’était par l’ingénieur-directeur des mines d’Aniche, ce à quoi M. Wilmot fit observer qu'il était alors plus logique de s’adresser au dit ingénieur pour se procurer le logement ; néanmoins, vers onze heures du soir, les soldats furent casés dans l’ancienne carrosserie Lion route nationale. 

IMPOSANT SPECTACLE 

Dès deux heures du matin, les deux escadrons de cuirassiers ont été dirigés l’un sur Guesnain, l’autre sur Lewarde. Nous avons eu la curiosité d’aller faire une exploration par là, et vraiment le spectacle, comme grotesque, en valait la peine. Avant d'arriver à Guesnain, sur la grand'route, nous nous heurtons dans le premier escadron, planté là sur la route, attendant on ne sait quoi. Pauvres cuirassiers. Ce qu’ils doivent en faire des réflexions, sur la nécessité des armées permanentes ! 
Nous poussons plus loin, jusqu’à Lewarde. Là, le second escadron, divisé en escouades de patrouille, parcourt la commune en tous sens, guidé par les gendarmes. 

HEUREUSE RENCONTRE 

Nous avons le bonheur, dès notre entrée dans Lewarde, de rencontrer le sieur Maroquin, géomètre-garde-chiourme de la compagnie, surnommé la « Terreur des Corons ». L'individu tient toujours sa lanterne à la main et peut-être s’apprête-t-il à nous la mettre sous le nez. Mais, est-ce intuition soudaine, il s'arrête, se retourne vers les gendarmes qui l’escortent, et ceux-ci s’éloignent aussitôt.
 Il va sans dire que nous n’avons nullement éprouvé le besoin d'entrer en connaissance avec le personnage. 

LES PATROUILLES 

De quatre heures du matin jusque six heures et demie, des patrouilles de cuirassiers ont fait la navette entre Guesnain et Lewarde. Pourquoi ? Sans doute pour prendre du mouvement, et peut-être aussi dans la vague intention d’assurer la sécurité des ouvriers se rendant au travail. A moins que ce ne fût simplement pour protéger la besogne des porions en racolage sur la route, sous la haute direction du dénommé Maroquin. En somme, le plus clair de toute cette mise en scène intempestive, c’est que plus de deux cents mineurs ne se sont pas rendus à la fosse de Guesnain, lundi matin, et que le nombre des grévistes ira toujours en augmentant. Ce qui prouve que le droit prime la force, d’une certaine façon. 

ODIEUX PROCEDES DE LA COMPAGNIE 

Disons, pour finir, que la compagnie des mines d’Aniche, non contente de ses exploits accoutumés, vient de solliciter de la sous-préfecture de Douai un « arrêté » dans lequel les maires de la circonscription interdisent aux mineurs grévistes de circuler sur leurs territoires pour y chercher les pommes de terre que les cultivateurs négligent de ramasser dans leurs champs, après l’arrachage. Voilà qui révolte la conscience de tous les honnêtes gens, et si ce bruit ne nous revenait de plusieurs bouches, nous refuserions d’y accorder quelque crédit. En tout cas, nous nous faisons un devoir de nous en faire l’écho, dans l’espoir que la sous-préfecture, si sujette à caution, hésitera à leur faire prendre plus de consistance. Maurice SAVARY.


Grève des mineurs, réunions et manifestations à Guesnain, le Parquet à Guesnain, un article paru dans le Réveil du Nord du 22 avril 1906









BASSIN DU NORD

Lundi à 4 heures du soir, salle Mocq, à GUESNAIN. Tous les mineurs de Guesnain et des environs sont instamment d’assister à cette réunion.

Charges nombreuses
Invasion de troupes 

Pendant la soirée de vendredi et pendant la nuit de vendredi à samedi, de nouvelles troupes arrivaient à Douai pendant que d autres ne faisaient que passer se rendant dans le Pas-de-Calais. Deux escadrons du 19e chasseurs à cheval ont été dirigés sur Sin-le-Noble ; deux compagnies du 16è chasseurs à pied ont été dirigées sur Guesnain et Dorignies. Dans la soirée de samedi, l’arrivée et le passage de troupe n’ont point cessé. Ce fut d’abord le 3e cuirassiers de Vouziers, qui se rend à Lens ; puis du 162e, puis d’autres cuirassiers et d'autres compagnies d’infanterie alternant avec des escadrons de cavalerie. Le service d'ordre a été considérable ment renforcé dans le bassin d'Aniche. Pendant la nuit de vendredi à samedi de nombreux et importants détachements du 15e d’artillerie ont gardé tous les chemins donnant accès du bassin de l’Escarpelle au bassin d’Aniche. Néanmoins, un certain nombre de grévistes parvinrent à franchir les barrages et à se joindre aux amis de Sin-le-Noble d'où ils se rendirent à Guesnain où d’autres frères de misères se joignirent à eux. Les opprimés de Guesnain ont enfin secoué le joug de la Cie et compris leur devoir. Au nombre de près de 1.000 ils se rendirent à la fosse Ste-Marie à Auberchicourt. Là commencèrent les brutalités des soldats. Ceux-ci sous les ordres de quelques galonnés, chargèrent les grévistes sans aucune provocation et sans qu’il y eut le moindre trouble. Naturellement les gendarmes ne restèrent pas en arrière et leurs brutalités soulevèrent l’indignation d’un ouvrier mineur de Guesnain, le nommé B..., qui oublia que, quoi qu'ils fassent, les gendarmes ont toujours raison. B... fut amené à Douai, conduit au Parquet puis écroué. Devant ces charges, les grévistes se dispersèrent puis se reformèrent route de Valenciennes. De nouvelles charges eurent lieu et les grévistes furent repoussés jusqu’à l’intersection de la route de Masny et d’Erchin. à plus de trois kilomètres de Ste-Marie 
Un certain nombre de grévistes se sauvèrent à travers champs ; quelques-uns plus fatigués se réfugièrent dans un estaminet. Ils étaient quatre ou cinq : quel danger pour la sécurité publique ! L’estaminet fut pris de force par les gendarmes qui avaient mis pied à terre, mais hélas ! leur excès de pouvoir ne fut pas récompensé ; quand ils purent entrer, l’estaminet était vide. A la fosse de Sessevalle près de Rieulay, quelques centaines de grévistes qui voulaient manifester ont été dispersés par des charges de cavalerie. De tous côtés, les gendarmes n’ont pas ménagé les horions et de nombreux mineurs que nous avons vus portent des traces de coups violents sans compter un grand nombre de vêtements déchirés. Détail à noter : aucun gendarme, aucun soldat n’a reçu le moindre coup. Où sont donc les brutes ? 

Inspection de troupes 

Vendredi matin, le général Robert, commandant la place de Lille, avec le Iieutenant-colonel du 1er de ligne et le capitaine de gendarmerie Ducroquet, de Douai, a passé l'inspection des troupes qui sont dans le bassin. Le général Robert, a repris à Douai le train de 3 h. 59 ; il était accompagné du général Herment, commandant l'artillerie du 1er corps d’armée. 

Le Parquet à Guesnain 
ARRESTATIONS ARBITRAIRES 

A deux heures le Parquet, composé de MM. Bottin, juge d’instruction : Cauwès, substitut et Saudemont, commis greffier, s'est rendu à Guesnain. Le porion Lekief, que les grévistes ont ramené hier à Dorignies a été longuement interrogé. Le Parquet a procédé à des constats de bris de quelques carreaux. Il se pourrait que des arrestations seraient opérées pour ces faits. Voici à propos de l'affaire Lekief, des renseignements précis : 
Dans la soirée de vendredi, les grévistes qui revenaient de Guesnain auraient forcé le porion Lekief, demeurant à Guesnain, à revenir avec eux. Il porta le drapeau le long de la route en revenant par Sin-le-Noble. Arrivés à Dorignies les gardes voulurent délivrer le porion prisonnier volontaire, une bousculade s'en suivit et les 3 gardes vinrent à bout de plusieurs centaines de grévistes. On voit de là la violence des ouvriers que trois gardes réduisent à l’impuissance. Différentes dénonciations furent faites ; tant sur les déclarations de Lekief que sur celles d'autres personnes et ce matin des mandats d’amener furent décernés contre Louis B.., âgé de 29 ans ; Charles J..., âgé de 30 ans et sa femme Philomène D..., 28 ans ; Jules L..., 34 ans et Dieudonné L.., 4S ans. tous demeurant à Dorignies. 
Ces mandats furent transmis au brigadier de gendarmerie de Dorignies qui usa de ruse afin d’éviter un conflit et au lieu de déclarer nettement aux gens qu’un mandat d’amener était délivré contre eux, leur dit que le Procureur de la République désirait tes interroger. La ruse réussit et un par un tous se rendirent à Douai ou on leur signifia le man dat décerné contre eux.

De midi à 7 heures, les inculpés furent tenus en observation. Ainsi que nous le disons plus haut le Parquet qui s’était rendu à Guesnain croyait trouver Lekief expirant. Leur stupéfaction fut grande quand on leur indiqua la victime, et quelle victime, occupée dans son jardin. Le rôle du Parquet, devenait délicat et les arrestations étaient des moins motivées. Lekief fut examiné : il porte quelques ecchymoses, preuves de violences plus que légères, L’homme que les grévistes ont massacré se portait à merveille et des arrestations sont faites, grâce à un rapport plutôt fantaisiste.
A 7 heures, le Parquet a suspendu l’instruction pour la reprendre à 8 heures et demie. Une démarche a été faite près de M. le sous-préfet pour obtenir la mise en liberté des accusés : le représentant du Gouvernement est absent. 
A 8 heures et demie. l'Instruction a repris son cours ; Il y a eu confrontation entre les inculpés qui nient toute participation aux faits relevés et différents témoins. 
Ces arrestations ont produit une violente émotion à Dorignies où les grévistes furent toujours calmes. Des troubles graves seraient à craindre si ces arrestations étaient maintenues. 

Mise en liberté des inculpés


 En dernière heure, on nous télégraphie : « Les trois gardes de Dorignies ont été entendus. Après confrontation, les inculpés ont été mis en liberté provisoire. L’interrogatoire et la confrontation ont en lieu sans la présence d’un avocat ainsi que le veut la loi.