Guesnain

Guesnain

dimanche 5 avril 2020

LA DIRECTION DES HOUILLERES DE DOUAI ET LA C.G.T. S’ATTAQUENT MUTUELLEMENT EN JUSTICE, DES ACTES DE SABOTAGE, un article paru dans "Combat" du 5 mars 1949 où il est question de la fosse Saint-René à Guesnain








LA DIRECTION DES
HOUILLERES DE
DOUAI ET LA C.G.T.
S’ATTAQUENT
MUTUELLEMENT
EN JUSTICE


Nous avons annoncé hier que les accidents mortels survenus dans les mines depuis plusieurs mois avalent provoqué la diffusion, dans la région de Douai, d’un tract où la direction des Houillères mettait les ouvriers en garde contre les « sabotages ».

Cette affaire de sabotages, que la Fédération C.G.T. du sous-sol avait aussitôt démentie, a été l’objet de deux plaintes contre X..., déposées hier par la direction des Houillères auprès du procureur de la République, à Béthune et à Douai. Ces plaintes concernent un incendie qui s’est déclaré dans un vieux quartier, de la fosse Saint-René à Guesnain, et des détériorations sur un câble de 6.000 volts à la fosse 3 de Bruay.

De son côté, le syndicat des mineurs de Douai attaque la direction en diffamation en raison du tract diffusé par celle-ci. Le syndicat demande la nomination d’une commission d’enquête où il sera représenté.

AVEC OU SANS LA FAMILLE... C EST LA VIE OU LA MORT DU CATÉCHISME, un article paru dans la Croix du 25 avril 1950, faisant état de la déchristianisation à Guesnain et dans l'évêché de Cambrai






Nous extrayons de l'article un passage qui mentionne Guesnain


Voici l’état de ce problème dans cinq ordres de faits. 
1° LA PRESENCE ET LA REGULARITE DES ENFANTS AU CATECHISME 


Dans les régions où les familles, fidèles à des traditions chrétiennes, tiennent encore fortement à la cérémonie de la Communion solennelle, les enfants sont pratiquement tous atteints dans l’ensemble (sauf dans quelques paroisses plus ouvrières) : ainsi en est-il dans les doyennés de Cambrai, Gouzeaucourt, Le Quesnoy, Landrecies.

Par contre, les statistiques deviennent inquiétantes dans les régions industrielles et minières. Quelques chiffres : la proportion des absents atteint, dans la région de Condé-Macou, 55 pour 100 ; dans les paroisses suburbaines de Valenciennes, 25 à 30 pour 100 ; à Fourmies, 15 pour 100 (à Saint-Pierre) ; 20 pour 100 (à Notre-Dame) ; à Avesnes-les-Aubert, 25 pour 100 ; dans le secteur Louvroil-sous-leBois, 50 pour 100. Dans la région de Douai, Guesnain ne compte au catéchisme que 65 cour 100 des enfants.

.../...
Dans la région de Valenciennes, huit enfants sur dix ne savent aucune prière à leur entrée au catéchisme. A Fourmies, 80 pour 100; à Cartignies, 87 pour 100. Dans la région de Douai, les prêtres sont unanimes à dire que les enfants ne savent même pas faire le signe de la croix. A Condé, un enfant sur huit a su le faire. 
A Aniche, sur 15 filles de parents chrétiens, deux seulement savaient le faire, pas une n’a pu réciter le Je vous salue Marie. 
A Bruille, sur treize enfants, deux savaient faire le signe de la croix. A Fresnes, un sur vingt est capable de réciter le Notre Père et l’Ave Maria. Même dans des régions considérées comme chrétiennes, on constate une ignorance lamentable ; un enfant sur trois, à Orchies, sait réciter le Je vous salue Marie, mais non le Notre Père. 
A Vendegies-sur-Ecaillon, pour la première fois, aucun enfant n’a pu réciter la moindre prière. Par contre, à De Sessevalle, tous les enfants savaient leurs prières. Mais pourquoi ? — et voilà bien la contre-épreuve ! — parce que ce sont des familles polonaises.

.../...

3° LA COMMUNION PRIVEE 

Lorsque nous constatons, ici ou là, que les enfants ne faisaient pas leur Communion privée, nous entendions toujours la même réponse : « Les parents ne veulent pas... ils disent que, de leur temps, on ne la faisait pas. » Dans certaines régions, le pourcentage des enfants qui la font varie entre 2 et 20 pour 100. Dans les régions de Douai, de Solesmes, grosses difficultés du côté des parents.

Par contre, dans d'autres régions, la règle de l'Eglise est appliquée fidèlement. A Somain, on avertit simplement les parents que leurs enfants doivent se trouver tel jour, à telle place, pour leur Communion, sans leur demander la permission. Les enfants baptisés ont droit à la nourriture eucharistique.

A Hautmont, les enfants communient, le jour de Pâques, à côté de leurs parents : il est essentiel d’en arriver, ici comme partout, à cette collaboration avec la famille. Que toute la famille réunie vive le mystère pascal ! 

4° LA « PAGANISATION , DE LA FETE FAMILIALE 


Comment ne pas dénoncer ici, comme un phénomène de paganisation progressive, la coutume qui se répand de plus en plus de transformer la fête de famille — célébrée naguère avec éclat, certes, mais toute pénétrée d’esprit chrétien, — en un banquet qu’il est permis de juger scandaleux par les sommes énormes qu’on y dépense  


Une pétition contre le réarmement de l'Allemagne, un article paru dans Ce Soir du 12 janvier 1951, qui fait état de 2000 signatures à Guesnain












Dans toute la France
PLUSIEURS DIZAINES DE
MILLIERS DE SIGNATURES
CHAQUE JOUR CONTRE LE
REARMEMENT DE L’ALLEMAGNE


L’IMMENSE travail que représente l’organisation de la Consultation nationale contre le réarmement se poursuit jour après jour. Dans tout le pays, les collecteurs de signatures vont discuter de porte en porte, sur les marchés, dans les chantiers et les usines pour recueillir la réponse des Français à la question dont dépend l’avenir de notre patrie. Et les résultats sont à la mesure de l’effort mis en œuvre.
Ainsi, les jeunes « Vaillants » (9 à 14 ans) du canton sud de Toulouse sont allés, dimanche dernier, demander leur avis aux habitants de la petite localité de Pouvourville : en quatre heures, ils visitent le tiers des fermes, et 80 % des personnes sollicitées répondent « non » à la nouvelle Wehrmacht. A Désertines (Allier), le Conseil municipal, au grand complet, inaugure la consultation en allant lui-même recueillir les signatures, de porte en porte.

A Liévin, devant sa maisonnette installée à l'entrée du puits : n° 3, le délégué mineur Oscar Lévêque dispose une urne. Et, à la remonte du poste du matin, à 13 heures, les mineurs, tout noirs de charbon ou gris de la poussière des « bottes », déposent leurs bulletins par centaines. 
Le puits n° 3, A Liévin, est appelé « la Fosse martyre » ; les nazis y tuèrent des dizaines de patriotes, et leurs camarades n’ont pas oublié...

Les Conseils municipaux, souvent intimement mêlés à la population, sensibles à sa volonté, ont exprimé dans d'innombrables voeux leur opposition à la renaissance d'une Wehrmacht. Signalons, parmi les derniers à s'être prononcés dans ce sens : celui de Millau (Aveyron), unanime ; celui de Cambon d’Albi, dans le Tarn ; celui de Mornac, en Charente ; ceux de Villard Bonnat, les Avenières, Izeaux, dans l’Isère, etc., etc... Aucune voix ne manque

A Bozel (Savoie), ce sont les représentants des anciens prisonniers de guerre, des internés et des déportés, de l’ancienne Armée secrète, de la C.G.T., de la C.F. T.C., du Parti communiste français qui rédigent une protestation contre le réarmement de l’Allemagne.

A Nancy (Meurthe-et-Moselle), c’est la section du Parti socialiste S.F.I.O., dont sont membres trois secrétaires fédéraux, qui  "élève une protestation solennelle contre le réarmement de l’Allemagne occidentale comme de l’Allemagne orientale, et en appelle à l’opinion publique des patriotes français, en particulier dans les provinces de l’Est, pour qu’elle prenne une conscience accrue des dangers de ce réarmement qui, alors que l’Europe n’est pas encore une véritable unité politique, est incompatible avec les idéaux et les exigences du Parti socialiste S.F.I.O. »

Aucune voix ne manque dans le grand cri que fait entendre la France pour empêcher le renouvellement des invasions qui la laissèrent exsangue et décimée, trois fois en soixante-dix ans.

Et les chiffres se multiplient : 2.000 à Sin-le-Noble, 2 000 à Guesnain, 1.500 à Dechy 2.100 à Avesnes - les - Aubert, dans le Nord, 100 % des 217 habitants de Rimplas, dans les Alpes-Maritimes.


Des dizaines de milliers chaque jour, annonciateurs des millions qui ne veulent pas d’une nouvelle armée allemande, et qui vont le dire...

samedi 4 avril 2020

TRAGIQUE ACCIDENT DE LA MINE AU PUITS SAINT-RENÉ À GUESNAIN, un article paru dans Ce Soir du 12 avril 1952










 TRAGIQUE ACCIDENT
DE LA MINE
AU PUITS SAINT-RENÉ
À GUESNAIN


LILLE, 11 avril (par téléphone). — Un nouvel accident est survenu au puits SaintRené, à Guesnain, à la « Bowette 650 », où, à 650 mètres sous terre, deux mineurs ont été victimes du manque de sécurité. Alors que ces deux malheureux étaient occupés à relever une berline, un énorme bloc s’est détaché du toit et des écrasa sous son poids. Les victimes, François Sczapaniack, 45 ans, et Alphonse Wlodarczyk, 32 ans, furent dégagées aussitôt par leurs camarades et ramenées à la surface. Le premier, blessé mortellement, devait décéder quelques instants plus tard et le second, qui a été sérieusement blessé, se trouve dans un état grave..

Une enquête a été ouverte pour déterminer les responsabilités de ce terrible accident, qui semblent imputables à la direction de ce puits. En effet, la « Bowette 650 » n’est pas boisée sur une distance de 70 à 80 mètres, alors que le terrain est très friable.

Cet accident, qui coûte la vie à un père de famille de trois enfants, aurait pu être évité si des mesures de sécurité avaient été prises. En effet, dans un rapport daté du 17 mars 1952, le délégué mineur avait fait remarquer la nécessité de boiser la galerie si l’on voulait éviter des accidents mortels et, dans un autre rapport du 29 mars 1952, ces mêmes observations avaient été faites à l’agent de maîtrise. Aucune suite n'avait été donnée. On en mesure aujourd’hui les conséquences 'sanglantes.

vendredi 3 avril 2020

Grève générale des mineurs dans le Nord, un article du Réveil du Nord du 16 octobre 1902







Grève générale 
DES MINEURS 
OHE LES JAUNES ! 

Les jaunes sont en train de se manger le nez, il y a du tiraillement. 
L’ « Union Ouvrière » annonce, en effet, que :
" Le Conseil prononce les exclusions de MM. Biétry, Verleye, Jarry. 
« A l'unanimité, le Conseil s’élève contre la conduite infâme de Biétry, et manifeste hautement sa réprobation et son indignation au sujet de l’attitude de Biétry et de ses acolytes ; prie le secrétaire général de faire connaître à toutes nos organisations les décisions du Conseil prises à l’unanimité et de mettre en garde les adhérents de nos syndicats, contre les agissements et les manœuvres de nos pires ennemis, étant édifiés par les preuves matérielles et indéniables établissant le « complot » organisé par ces messieurs, sourdement, auprès de nos syndicats de province, contre notre œuvre, et ce, au profit d'ambitions personnelles. » Allons, tout va bien ; la discorde règne au camp jaune. Continuez, Messieurs. 
Nous marquerons les coups, et puis c’est drôle la galerie qui s’esbaudit fort de vous voir entre dévorer. 
A quand Lanoir ? 


Attroupements de grévistes


 On a lu la version officieuse, sinon officielle, de la bagarre de Terrenoire, près de Saint-Etienne. 
Il est une constatation qui en ressort dès maintenant : deux ouvriers ont été tués, et le gendarme qui a fait feu n’était pas en état de légitime défense. Il n’a fait aucune sommation, lancé aucun avertissement. 
C’est un crime. 
La loi de 1848 sur les attroupements est, en effet, précise sur, ce point. Les agents de l’autorité ne doivent faire usage de leurs armes qu’après trois sommations, et, s'il faut admettre, par impossible, que les cailloux qu’on lui jetait eussent pu mettre sa vie en danger, le gendarme aurait dû, tout au moins, décharger d’abord son revolver en l’air pour effrayer les « manifestants ». On ne saurait, d’ailleurs, trop rappeler les termes de cette fameuse loi sur les attroupements, qu’on invoque toujours à tort en temps de grève. L’article premier est ainsi conçu : Tout attroupement armé formé sur la voie publique est interdit. Est également interdit, sur la voie publique, tout attroupement non armé qui pourrait (??) troubler la tranquillité publique. Or, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas d attroupement ? Ils sont cent mille, les mineurs qui, hier, travaillaient au fond de la mine, et que la grève a d'un seul coup, rendus à la vie des champs. Entassés les uns sur les autres, dans des maisonnettes contiguës, construites sur le même modèle et alignées au cordeau, il leur est impossible de faire un pas dans la rue. sans se rencontrer et ils causent. Attroupement ! Que quelques gendarmes passent au moment où, victimes des mêmes abus, souffrant les mêmes douleurs, ils discutent entre eux, à leur porte, des moyens de mener à bien la défense de leurs intérêts, et, c'en est fait, voilà des homme: qui ne faisaient aucun ma!, qui ne menaçaient en aucune façon la tranquillité publique, qui jouissaient, comme tous les citoyens, du droit de se promener et de parler librement de leurs affaires, et auxquels l’ordre est cependant donné de se disperser. 
Circulez !. Circulez. ! 
Je ne sais rien de plus révoltant que celte apostrophe que les sergots lancent le plus souvent à des badauds que le hasard a massés dans quelque coin pour voir un cortège, une cavalcade, ou la binette d'un empereur : il faut que le cortège passe, que la cavalcade défile, et que les empanachés de l'escorte impériale aient l’espace suffisant pour caracoler. Mais là bas, au Pays Noir ? Où est-elle cette raison ? La rue est libre. Les champs sont vastes. La plaine s'étend à l'infini, et les ouvriers sont chez eux. 
N'importe, il faut circuler. 
Si, au lieu d’être en grève et occupés à défendre leurs intérêts, les mineurs en même nombre se réunissaient à l’occasion d’une fête quelconque, autour de baraques foraines pour voir les pitreries d’un clown, ou entendre les vagissements d’une « femme poisson » personne ne viendrait les troubler. 
Ainsi, le Circulez ! Circulez ! que font retentir brutalement à toute minute à leurs oreilles, les gendarmes, les soldats et les officiers, devient à leur adresse, une véritable et perpétuelle provocation. 

Bassin du Nord 

A part de nouveaux envois de troupes, rien de nouveau à l’Escarpelle, à Aniche, à Flines, ni à Azincourt.

L'arrivée de deux compagnies du 84 d'infanterie, et l’attente de dragons et de cuirassiers n’en sont que plus ridicules, en raison du calme imperturbable des grévistes. La compagnie d’Aniche a réussi, nous l’avons dit hier, à ramener quelques ouvriers à Guesnain et à Dechy, en leur promettant 40 % de prime, mais le nombre de ces reprises est tellement insignifiant qu’il n’attire pas même l'attention des grévistes. Toutefois, dans le but de faire croire à une importante reprise du travail, la compagnie, lorsqu'on la sollicite de fournir le nombre des descentes, accuse en bloc celui des ouvriers du fond et celui des ouvriers de l'extérieur, de façon à grossir le chiffre. En réalité, sauf à Guesnain, le chômage peut toujours être considéré comme complet dans les autres fosses. 

AU « DOUAI REPUBLICAIN » 

Nous avons flétri ici même, comme elle le méritait, l'attitude odieuse du journal « Douai-Républicain » vis-à-vis des mineurs. Cette feuille, vendue à un sous-préfet réactionnaire, et non moins dévouée aux intérêts quasi-similaires de certain capitaliste, ex-deputé et récemment décoré, cette feuille n'a pas reculé devant les insinuations les plus perfides et les plus abjectes, dans le oui (le discréditer le syndicat des mineurs du Nord et d’ébranler la confiance des syndiqués dans leur organisation. Et nous le répétons, ceux qui aujourd'hui s’attaquent de la sorte au principe d’une organisation dont ils redoutent l’extension, ceux qui éructent leur bave venimeuse sur le syndicat sont ceux-là mêmes qui, il y a moins de cinq mois, s’aplatissaient devant ses représentants à Somain, sollicitant leur appui pour déterminer l’appoint des mineurs en faveur de la candidature Cardon. Et M. Cardon, qu’on ne l’oublie pas, s’engageait à soutenir, avec Basly, Selle et Lamendin, toutes les revendications minières. 
Après cela faut-il s’étonner si, au cours d’une réunion gréviste, les mineurs ont voté un ordre du jour de flétrissure au journal qui employait contre eux des armes aussi déloyales ? Certes, notre confrère en est pour sa honte et point ne lui sert de tourner sa rancune contre Goniaux qui n’en peut mais. Ce sont tous les mineurs syndiqués qui ont ressenti l’affront fait à leurs dirigeants, et ce sont tous les mineurs syndiqués, et même bien d’autres, qui tiennent à le laver.  
En outre, dans son numéro d’hier, le « Douai-Républicain », en termes amphigouriques, nous répond qu’il ne répondra pas, mais il nous invite à ne pas prendre son silence comme un acquiescement à ce qu'il nous plaît de raconter. 
"Chaque chose viendra à son tour », conclut-il. C’est avec cette formule qu’on se tire d’affaire, lorsqu’on est embarrassé. Et c'est aussi avec cette formule qu’on peut prendre son temps pour méditer de nouveaux mensonges ou d’autres infâmies. En tout cas, n'importe. Nous attendrons, fût-ce sous l'orme. 

A SOMAIN 


Le « Réveil » d’hier faisait connaître aux lecteurs que cinq mineurs de Somain devaient comparaître, jeudi, devant le tribunal correctionnel de Douai, sous l’inculpation d’entraves à la liberté du travail. Afin d’édifier la population sur les mesures vexatoires qu’exerce la compagnie d’Aniche, je tiens à faire connaître dans quelle condition j’ai pu entendre, de la bouche d’un mineur, les actes de pression et d’intimidation (on devrait dire d’inquisition) dont se serait rendu coupable un ingénieur des mines d'Aniche. Passant mardi 8 octobre, vers six heures du soir, dans la rue Thiers, mon attention fut attirée par un groupe formé autour du jeune R.., mineur, demeurant rue du Masy, à Somain ; j’approchai et j’entendis ce qui suit : R... racontait que la veille, un ingénieur et des porions l'avaient sommé de déclarer, sous peine d’être mis à la porte, que le mineur M..., demeurant également à Somain, l’avait arrêté en se rendant à son travail. Or. M..., malade et restant chez lui, avait fait sa première sortie pour aller voir la ducasse. M... fut appelé à la gendarmerie pour enquête. Il s'y rendit accompagné du jeune R...; là, pressé de questions, ce dernier avoua qu’il avait accusé M... sous peine de renvoi, mais, qu’en réalité, il ne l’avait pas vu. Ces procédés sont indignes d’un honnête homme, c'est pourquoi je tiens à les signaler au public. 

REUNION PUBLIQUE 


Mardi, à onze heures, devant 300 auditeurs, le citoyen Goniaux est venu faire une conférence. Après avoir mis les mineurs au courant de la situation, il les engage à garder le calme qu’ils ont su montrer jusqu’à présent. Un ordre du jour par lequel les mineurs s’engagent à continuer la grève jusqu’à complète satisfaction ; engagent les citoyens Selle, Basly, Lamendin, Bouvert, enfin tous les députés de la corporation et socialistes, à défendre avec énergie leurs intérêts ainsi que les revendications étudiées dans leurs congrès, en approuvant ses décisions, a été volé à l’unanimité. 
La sortie s’est effectuée sans incident, sous la protection de trois gendarmes et au chant de l'« Internationale ». 

DANS LE BASSIN D’ANZIN 

LA SITUATION 


Comme avant-hier, les statistiques ont chômé, elles aussi, hier : et la Compagnie d’Anzin aurait fait savoir solennellement qu’elle fermait ses portes. Elle se contente de réclamer, sans trêve, des troupes pour garder ses fosses, que les grévistes pourraient, paraît-il, escamoter. 
Les dépêches de la nuit, de lundi à mardi n’annoncent aucun incident et à certains endroits où l'on avait cru nécessaire d’envoyer de nouvelles troupes, il semble qu’on ait eu conscience que les craintes de trouble étaient vraiment exagérées, car on a rappelé les renforts. 
Ainsi a-t-on fait à Quiévrechain et à Onnaing, où on avait concentré deux pelotons de cuirassiers et une section d'infanterie. Les réunions ont eu lieu, comme d'ordinaire, très enthousiastes partout en faveur de la grève, et les grévistes ne se départent point de leur attitude calme et de leur discipline. 

HARMONIE CAPITALISTE 
La presse de « l’ordre ». — Un gendarme par la fenêtre. — Le mot pour rire 


Il serait suggestif de relever les mensonges, les insinuations, les calomnies habiles, des journaux capitalistes, qui, dans une touchante unanimité, transforment le mouvement gréviste en un « chambardement » général, et les mineurs en autant de criminels. 
Le moindre incident, vu à travers le prisme de leurs préventions et de leurs haines, devient une bagarre sanglante, un véritable carnage. 
On avait fait sauter un pont à Quiévrechain... on avait assailli un chef de carreau à Escaupont... on avait tué un gendarme à la fosse Lagrange... deux jaunes à Abscon. On, c'est-à-dire les grévistes. Or, de tous ces faits, un seul avait quelque fondement : un gendarme était blessé à Escaupont et voici comment : 
En poursuivant un gréviste, il avait — sans aucun droit — pénétré à sa suite dans une maison. Le gréviste, agile, passe par la fenêtre et disparaît, tandis que le gendarme, lourdaud, veut suivre le même chemin, et s'étale sur le sol, se faisant quelques contusions. La chanson, chez nos confrères, se termine toujours par le même refrain : l'ordre n’est pas assuré, on manque d’énergie... Et leur emboîtant le pas, on voit défiler, à la sous-préfecture, des tas de braves gens dont la frousse se traduit par une demande d'alguazils, pour la protection de leur personne et de leurs propriétés, nullement menacées. Voyons, messieurs, un peu de franchise ! les « mesures d’ordre » que vous réclamez si âprement, est-ce une fusillade ? Parce que les grévistes auront décidé de faire une sortie, parce que, serrés autour du drapeau syndical, ils auront voulu user de leur droit ,en manifestant légalement ; parce que, à un potion insolent et provocateur comme celui qui lundi après-midi, à Lourches, insultait le cortège, un coup de poing a répondu, il faudrait sabrer, emprisonner, faire des fosses et des corons autant de forteresses, d’où les mitrailleuses feraient à leur tour « merveille » ! 
A côté de ces rêves sanguinaires parfois, la note donnée par la presse antigréviste, est d’un comique réel : Lisez ce fragment d’interview pris à un mineur (?) de Somain : 
« — Eh ! bien, et les camarades ne veulent donc plus travailler ? 
— Eh non, me répondit il, nous ne savons pas pourquoi ; eux-mêmes ignorent la raison de ce chômage. 
— Mais que veulent-ils donc ?  
Et le bras se lève dans un geste qui complète le verbe de blâme. »  
Voilà, n’est-ce pas, qui est simple, et qui donne aussi une haute idée de la clientèle à laquelle on s'adresse. Mais tout de même, nous ne savions pas le « Progrès » si « patronal » et lire à côté de cela les déclarations du Congrès radical, rappelant les revendications ouvrières et s’y associant contre les Compagnies, c’est vraiment d’une incommensurable ironie. 
Mais la feuille reptilienne des cagots de Valenciennes ne saurait être dépassée en niaiserie ; après avoir publié la statistique officielle des descentes, elle constate que : 
« Les meneurs de la grève dans le bassin d’Anzin sont affolés par l’énergique résistance des jaunes. Ne pouvant parvenir à leur faire quitter le travail, ils ont recours aux pires violences et aux menaces les plus farouches. » 
Je crois qu’on peut tirer l’échelle ! 

Les Ukases préfectoraux 
LES PROTESTATIONS 


L'application des fameux arrêtés de salut public promulgués par le podestat de la préfecture de Lille, n’est pas sans soulever des protestations. 
Ce sont des mesures vexatoires, et que rien ne justifiait : c’est une preuve de crainte et de défiance injurieuse à l'égard des grévistes et des municipalités et dont l'effet ira, plutôt à l’encontre de ce qu’on en attendait. A Denain, dimanche, le commissaire de police se disposait à user fort maladroitement de rigueur, et si des troubles s'étaient produits, il aurait eu sa part très large de responsabilité. 
Fort heureusement, des réflexions lui vinrent qui modifièrent sa tactique, et l’on se borna à des contraventions, dont la légalité n'est pas complètement démontrée. 
A la Sentinelle, le Conseil municipal a adressé au préfet la protestation suivante : « Le Conseil municipal de la Sentinelle, réuni en séance le 12 octobre courant, sur la proposition du maire M. Linard, proteste avec indignation contre la mesure prise par le gouvernement concernant l’arrêté de fermeture des cabarets, mesure qui va causer un grand préjudice au commerce local. » De nombreux consens municipaux vont protester de leur côté.

jeudi 2 avril 2020

grève des mineurs dans le Nord et à Guesnain, un article paru dans le Réveil du Nord du 29 octobre 1902














Bassin du Nord 

Tout reste calme et le chômage ne diminue point sensiblement dans l’arrondissement de Douai, en dépit du racolage des Compagnies. Partout, à l'EscarpelIe même où, jusqu’à présent la Compagnie avait à peine donné signe de vie, partout des agents parcourent les corons, s’adressent à chaque porte et déclarent aux ouvriers qu'il n’y a plus de raison à présent pour continuer la grève, la question devant être tranchée par le gouvernement. Mais les mineurs ne s'y laissent point prendre, comprenant trop bien que le seul moyen de tirer bénéfice de leur chômage déjà long, c’est de le prolonger quelques jours encore ,c’est-à-dire pendant la durée des négociations. 

A WAZIERS 

Lundi matin, environ huit cents grévistes, dont un certain nombre venus du Pas-de-Calais, se sont donné rendez-vous devant la fosse Gayant, à Waziers, pour dissuader quelques irrésolus de reprendre le travail. On conviendra que puisqu’on laisse, depuis quelques jours, les porions racoler les ouvriers dans les corons, par intimidation, il n’est que juste de permettre aux grévistes de se masser devant les fosses pour essayer de contrebalancer, dans la mesure de leur possible, l’influence des agents des compagnies et de rappeler leurs camarades au sentiment de leur propre dignité. Le spectacle d'hier matin a prouvé une fois de plus qu'il n’est point besoin de recourir à la violence, ni aux injures pour arriver à ce résultat. Il a suffi que les grévistes fussent rassemblés en nombre imposant pour qu’aussitôt les quelques mineurs qui se disposaient à descendre vinssent se mêler à eux. Il n’y a eu, en tout et pour tout, qu’une dizaine de descentes. Et pas le moindre incident regrettable ne s’est produit. 

A GUESNAIN 

Vers six heures du matin, heure de la descente, deux-cents grévistes se trouvaient aux abords de la fosse Saint-René. Sans doute craignait-on à la direction, quelque chambardement, car toutes les troupes, artilleurs venus de Douai, cuirassiers cantonnés à Dechy et à Sin, plus un certain nombre de gendarmes. avaient été concentrées, pendant la nuit, à la fosse de Guesnain. En sorte qu’il y avait plus de soldats et de gendarmes que de manifestants, si toutefois les grévistes pouvaient mériter ce titre. Cette fois, d'ailleurs, la route nationale était barrée, de chaque côté de la fosse, sur une distance de cent mètres, par la troupe, en sorte que nul ne pouvait en approcher. Bien plus, le passage à niveau de la route qui descend dans le village et même aux « Corons sans-Beurre » était gardé par un détachement d'artilleurs dont la consigne était de ne laisser passer aucun gréviste muni de canne et de bâton. Il paraît que cet accessoire est spécialement réservé aux porions, car ces derniers, notamment le sieur Maroquin, enfreignaient à chaque instant la consigne, leurs énormes triques à la main. 

CHEFS ET SOLDATS 


Le croirait-on, c'est des grévistes qu’il s’agit, et nullement de la troupe. Voici l'histoire : Vers sept heures du matin, le citoyen Ch.-Louis Quintin causait avec le citoyen Watrin, cabaretier, ex-délégué mineur, sur le seuil de son estaminet, situé près de la fosse Saint-René, lorsque le porion Maroquin, passant devant eux et croisant un groupe de soldats, cria à ces derniers : « Allez, vos chefs sont bien dignes de soldats comme vous ! » Les mineurs, très calmes, répliquèrent qu’ils n’avaient point de chefs ; sur quoi, Maroquin leur désigna les citoyens Watrin et Quintin en disant : « Tenez, les voilà vos chefs ! » Inutile d'ajouter que le digne homme en fut pour ses frais de provocation. Tout le monde se contenta de lui rire au nez. Décidément, M. Maroquin fraternise tellement avec l'armée depuis quelque temps, qu’il voit des chefs et des soldats partout. Que deviendra-t-il après la grève ? Il est capable de reprendre du service, si tant est qu'il en ait jamais pris, 


A COURCELLES 

Il paraît que le délégué mineur Pantignv, de la fosse de Courcelles-lez-Lens, proteste auprès d’un de nos confrères, au sujet de quelques lignes le concernant parues dans le Réveil du Nord, dès le début de la grève à l'EscarpelIe, il y a de cela cinq semaines. Vraiment il a fallu du temps à ce domestique de la direction pour méditer sa réponse. Cela tient sans doute à ce qu'il ne lit jamais le Réveil et qu’on a dû lui mettre, mais un peu tard l’article sous les yeux. 

A SOMAIN 
CONFERENCE RASSEL 

Dimanche a eu lieu, au salon Leduc-Corseau, à sept heures du soir, la réunion annoncée. Plus de 600 auditeurs, hommes et femmes sont présents. Pendant une heure, le citoyen Rassel fait comprendre aux assistants que, puisqu'il existe deux classes distinctes, les ouvriers ne pourront être affranchis tant qu'ils seront gouvernés par des bourgeois, à quelque parti qu’ils appartiennent. Il engage tous les mineurs à adhérer au syndicat et à persévérer dans le calme et le sang-froid qu'ils se sont imposés jusqu'à présent. Les citoyens Gahide et Debeaussart prennent ensuite la parole, puis le président met aux voix un ordre du jour acclamant la grève qui est adopté à l'unanimité. La sortie s'est ensuite effectuée dans le plus grand calme et une collecte faite au profit des grévistes a produit 3 fr. 60 qui ont été remis aux intéressés.


Réunions et Conférences 
Dans le Nord 
MARDI 28 OCTOBRE 

A DECHY. à 5 heures du soir. Orateurs : GONIAUX, DEFONTAINE et Maurice MONIER. 
A MONCHECOURT. salle Baudin, à 6 heures 1/2 Orateur : Maurice MONIER. 
A LOURCHES, à 6 heures. Orateur : GONIAUX. 

MERCREDI 28 OCTOBRE 


A SOMAIN, à 6 heures 1/2. Orateur : Maurice MONIER. 
A BRUAY, salon Podevin, à 5 heures du soir. Orateur : MENU. 

JEUDI 30 OCTOBRE 

A HERGNIES. salon Leclerc, à 6 heures du soir. Orateur : TABARY. 
A ANICHE, A sept heures du soir. Orateur : Maurice MONIER. 

Honorine Maryssael, bientôt centenaire à Guesnain, un article paru dans le Réveil du Nord du 11 août 1943











BIENTOT CENTENAIRE
Mme Honorine MARYSSAEL, DE GUESNAIN fait encore da la couture et se flatte de n'avoir jamais été malade


Le 26 avril prochain, Mme Honorine Maryssaël, née Boutelier, qui demeure actuellement à Guesnain aura 100 ans 
La bonne vieille est née à Dunkerque où elle se maria le 12 décembre 1868 avec Edouard Maréchal, tisserand, qui était, lui, originaire de la bonne ville de Bruges.
Trois garçons vinrent successivement égayer ce foyer. En 1897,deux d’entre eux, Charles et Alfred, aujourd’hui âgés de 68 et 66 ans vinrent travailler à Guesnain où ils montèrent la ligne du tramway électrique.
Monsieur et Madame Maréchal les suivirent et c’est dans ces conditions qu’ils vinrent se fixer dans le Douaisis où ils devaient rester de nombreuses aux années.
 Au cours de l’autre guerre, le vieux ménage évacua dans le midi ou Madame Maryssaël eut la douleur de perdre le compagnon de son existence qui mourut à Bayonne en 1918.
En 1933, elle retournait à Dunkerque où elle séjourna de nouveau ; après les événements de 1940, elle se réfugia chez sa petite fille et son petit gendre. Madame est Monsieur Vannuiwembourg, chef du dépôt de tramways à Guesnain où elle se trouve encore.
Madame Maryssaël a 23 petits-enfants et un arrière-petit-enfant. Comblée de soins, l’aimable nonagénaire, qui a encore toute sa lucidité d’esprit, aime faire une petite promenade et un bout de causette. Elle ne porte de lunettes que pour coudre et a un bon appétit. Ayant toujours joui d’une parfaite santé, elle se chagrine bien un peu de ne plus entendre aussi bien mais le moral est à 100 % !